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DE LA RECHERCHE A LA FORMATION

Nous avons créé ce blog dans l'intention de faire connaître les travaux de recherche en didactique de la géographie. Notre objectif est également de participer au renouveau de cette discipline, du point de vue de ses méthodes, de ses contenus et de ses outils. Plus globalement nous espérons que ce site permettra d'alimenter les débats et les réflexions sur l'enseignement de l'histoire-géographie, de l'école à l'université. (voir notre manifeste)

vendredi 25 août 2017

Quelle place pour les apprentissages spatiaux à l'école ?


CR de thèse

Duroisin Natacha (2015). Quelle place pour les apprentissages spatiaux à l'école ? Etude expérimentale du développement des compétences spatiales des élèves âgés de 6 à 15 ans. Doctorat en Sciences Psychologiques et de l’Education, Université de Mons (Belgique), 482 p.

Accessible en ligne : https://hal.archives-ouvertes.fr/tel-01152392


Compte-rendu par Christine Vergnolle Mainar – août 2017
 


La thèse réalisée par Natacha Duroisin, sous la direction de Marc Demeuse, étudie l’acquisition de compétences spatiales par les enfants et adolescents. Le travail a été réalisé en Belgique où, à partir de documents de cadrage généraux (décrets missions), les différents réseaux d’enseignement (communautés germanophone, flamande et francophone et, pour chacune d’elles, le réseau officiel et les réseaux libres) construisent leur propre curriculum et leurs programmes spécifiques. La recherche a porté sur le réseau officiel de la fédération Wallonie-Bruxelles au sein duquel les objectifs en matière d’acquisition de compétences spatiales sont très proches des attentes des prescriptions actuelles françaises. Tout en offrant une connaissance des apprentissages spatiaux dans un autre contexte éducatif, ce travail permet donc de questionner les enseignements français.

La recherche aborde les compétences spatiales dans leur transversalité en tant qu’elles sont travaillées par plusieurs disciplines. Sont notamment abordées les habiletés spatiales qui concurrent à la construction de compétences spatiales chez l’enfant et l’adolescent : l’orientation spatiale, la visualisation spatiale, les changements de perspective et la rotation mentale spatiale, la mémorisation spatiale à court et à long terme, la navigation spatiale. Parmi les disciplines qui y contribuent, une attention spécifique est portée aux enseignements de géométrie et de géographie. Dans les recherches en didactique, ces deux disciplines étant rarement étudiées sous l’angle de leurs apports croisés, cette thèse ouvre des pistes de réflexion intéressantes pour les enseignants de géographie. On peut cependant regretter que l’étude soit conduite sous l’angle d’une analyse successive de l’une et de l’autre et que les interactions entre elles pour la construction des compétences spatiales ne soient pas assez explicitées.

 

Le travail réalisé s’inscrit dans un doctorat en psychologie cognitive et en sciences de l’éducation et il prend appui sur un cadre conceptuel large. Les travaux fondateurs en matière d’acquisition de compétences spatiales, notamment ceux de Piaget, Vigotski et van Hiele, sont mobilisés sous un angle critique. Ils sont croisés avec des recherches plus récentes sur les processus permettant le passage de l’espace perçu (par différents sens) à l’espace géographique et à l’espace euclidien, notamment par une capacité à se décentrer et à aborder des échelles spatiales de plus en vastes et non appréhendables directement par les pratiques individuelles (manipulations ou déplacements). Dans cette approche, les théories constructivistes ainsi que les apports des neurosciences sont également convoqués. La recherche mobilise aussi des références de géographie et notamment les travaux de Bailly.
 

Les corpus travaillés sont diversifiés et prennent appui sur le triptyque : curriculum « prescrit », curriculum « implanté » (travail de l’enseignant) et le curriculum « maîtrisé » (ce qui est acquis par les élèves), avec une attention plus forte sur les curricula prescrits et maitrisés. Sont notamment analysés :
 

- Les prescriptions en géométrie et en géographie ;

- Les résultats d’évaluations externes pour les questions relatives aux compétences spatiales (qui sont peu nombreuses) : évaluations nationales belges et PISA ;


- Des tests auprès des élèves réalisés par la chercheure sur la localisation de villes sur une carte muette de la Belgique ;

 

- Des tests auprès des élèves réalisés par la chercheure sur la visualisation spatiale à partir d’empreintes et de sections de solides ;
 

- Des expérimentations en navigation spatiale à partir d’environnements numériques, afin d’apprécier la capacité des enfants et adolescents à acquérir des repères dans des villes virtuelles et à les mobiliser au regard de consignes de trajets : analyse de l’activité des élèves et entretiens auprès d’eux sur les stratégies qu’ils ont mobilisées pour réaliser les consignes.
 

L’étude de ces corpus mobilise des méthodes de recherche variées : analyse critique de prescriptions et d’évaluations officielles ; conception, mise en œuvre et dépouillement de tests sur le mode « papier-crayon » et sous une forme numérique ; réalisation d’entretiens. Le point commun est le souci de travailler sur un grand nombre de données de façon à pouvoir réaliser un traitement statistique le plus fin possible. Par exemple, le test sur la localisation des villes belges a concerné 369 élèves, celui sur les solides 274 et celui sur la navigation virtuelle 113. Dans ce cadre, une seconde préoccupation apparait également comme une constante : travailler de façon équilibrée sur les différents niveaux de la classe d’âge allant de 6/8 ans à 14/15 ans, de façon à identifier le rôle de l’âge dans l’acquisition par les élèves des différentes compétences spatiales.
 

Ces méthodes ont permis de produire un volume de données important. Les résultats de leur traitement sont synthétisés dans des tableaux très clairs qui les mettent en regard des questions de recherche et des hypothèses. De la masse des résultats produits, ressort surtout un diagnostic critique mettant en évidence les lacunes et difficultés en matière de travail et d’acquisition des compétences spatiales. Elles sont davantage travaillées avec les jeunes enfants alors que les évaluations externes et les tests réalisés par la chercheure montrent que leur maîtrise est loin d’être acquise par les adolescents. 
 

Les lacunes identifiées ne sont pas propres au système éducatif belge et font largement écho à des difficultés repérables en France dans les enseignements. Elles incitent à engager une réflexion pour travailler à leur réduction d’autant que, comme le souligne Natacha Duroisin, les habiletés spatiales sont importantes pour les apprentissages dans différents domaines disciplinaires et de nombreux métiers. On pourrait ajouter qu’ils sont également importants pour la vie quotidienne, pour ses propres pratiques spatiales et la construction de sa propre représentation du monde. Les pistes de réflexion qu’ouvrent ce travail concerne particulièrement la géographie et ne peuvent qu’inciter les enseignants de cette discipline à travailler avec les autres matières contribuant aussi à construire ces compétences : géométrie, sciences et technologie, éducation physique et sportive…


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