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DE LA RECHERCHE A LA FORMATION

Nous avons créé ce blog dans l'intention de faire connaître les travaux de recherche en didactique de la géographie. Notre objectif est également de participer au renouveau de cette discipline, du point de vue de ses méthodes, de ses contenus et de ses outils. Plus globalement nous espérons que ce site permettra d'alimenter les débats et les réflexions sur l'enseignement de l'histoire-géographie, de l'école à l'université. (voir notre manifeste)

samedi 30 novembre 2024

Dispositif didactique intégrant les images fixes/animées dans l’enseignement du changement climatique en géographie (CR de thèse)


Compte-rendu de thèse : Minerve KWEKEU, 2024, Dispositif didactique intégrant les images fixes/animées dans l’enseignement du changement climatique en géographie et construction des compétences par les apprenants : les classes de 6ème de l’enseignement secondaire général au Cameroun, Thèse de Doctorat en sciences de l’Éducation, filière Didactique des disciplines, Université de Yaoundé I (dir. : Renée Solange Kneck Bidias et Pascal Clerc).

Soutenue le 24 juin, la thèse de Madame Minerve KWEKEU consiste en l’étude de l’appropriation des notions et enjeux du changement climatique et de ses conséquences, par des élèves scolarisés en classe de 6e au Cameroun. Cette étude est menée à l’échelle de quatre lycées et intègre une démarche d’ingénierie didactique. 

La thèse défendue est celle de la plus-value qu’apporte un enseignement mené avec des images fixes ou mobiles pour l’apprentissage du changement climatique en géographie. Cette plus-value concerne des compétences de classement et mise en ordre, de production d’hypothèses et de déduction ainsi que de passage du savoir à l’action. Le travail s’appuie sur six corpus : les textes de programmes, les manuels scolaires de la classe de 6e, des entretiens passés avec des inspecteurs, des observations de cours sur le changement climatique, des auto-confrontations simples de professeurs ayant des pratiques classiques et de professeurs s’étant inscrits dans le dispositif mis au point par la chercheure, des questionnaires pré-test et post-test passés auprès d’élèves choisis dans quatre lycées différents. 

La recherche est motivée par le sentiment que l’éducation à la lutte contre les effets du changement climatique est une priorité insuffisamment traduite dans les faits, alors que le Cameroun est très exposé à ces effets. La thèse s’inscrit dans une démarche de recherche en vue de l’action : le laboratoire, ce sont les classes de géographie de 6e où sont observés en parallèle des cours classiques et des cours qui bénéficient d’un dispositif conçu par la chercheure. 

La première partie, intitulée Problématisation de la recherche, pose le cadre de la recherche et son contexte. Le premier chapitre fait un état des lieux des connaissances sur le changement climatique en s’appuyant sur les travaux du GIEC. L’auteure y souligne que l’UNESCO s’est saisie de la lutte contre les effets du changement climatique à partir des questions d’éducation au développement durable. Changeant d’échelle, elle présente la position difficile de l’Afrique, ensemble de territoires et d’économies fortement exposés aux changements climatiques tout en étant de petits producteurs de gaz à effet de serre. Le Cameroun est présenté dans la diversité de ses espaces et de ses milieux. Les effets spécifiques du changement climatique sont précisés par régions, avec leurs conséquences sur les productions agricoles, halieutiques et donc sur l’économie du pays et les moyens de subsistance de sa population.

Le deuxième chapitre se centre sur la géographie scolaire au Cameroun en la replaçant dans une approche plus générale de la diffusion des savoirs sur le changement climatique. Le contexte camerounais est vu sous l’angle de la diffusion du développement durable, avec une sensibilité accrue d’un certain nombre d’acteurs (exemple de l’Association Africaine pour des Villes Vertes). Pour entrer dans le domaine didactique, l’auteure privilégie une approche par les ressources dont disposent les enseignants. La question centrale de la recherche est posée : quel modèle de dispositif didactique d’usage des images fixes/animées est pertinent dans l’enseignement du changement climatique en vue de favoriser la construction des compétences par les apprenants des classes de 6ème ?  

Le troisième chapitre propose une présentation des programmes actuels de géographie (2014) et une brève histoire de leur évolution (approche par les contenus, PPO, APC). 

La deuxième partie est consacré d’abord aux cadres théoriques de l’intervention éducative (Lenoir) et de l’approche instrumentale de l’activité humaine (Rabardel) et pragmatique de la géographie expérientielle (Leininger-Frézal). Les chapitres suivants présentent le dispositif méthodologique. Il s’agit d’une recherche combinant méthode quantitative et méthode qualitative. Le volet quantitatif comprend des questionnaires élèves (1015) et enseignants (57, puis 7 professeurs enseignant le changement climatique) qui ont pour but de cerner le niveau de connaissances du changement climatique des élèves et les pratiques d’enseignement. Pour le volet d’ingénierie, deux classes de 6e ont été choisies dans chacun des quatre lycées retenus tandis qu’un groupe témoin était soumis à une leçon ordinaire. L’ingénierie didactique avec le groupe test consistait en 1° : une observation et prise de vue dans l’environnement proche du lycée de dégradations de l’environnement ainsi que d’autres éléments en lien avec le changement climatique (sécheresse, feux de brousse, etc.) ; 2°  des échanges entre pairs confrontant leurs observations avec des images projetées à partir d’un vidéo projecteur ; 3° la réalisation d’une carte mentale décrivant les causes et conséquences du changement climatique ; 4° la réalisation d’une activité d’intégration autour des solutions nécessaires à la lutte contre le changement climatique. 

La troisième partie propose les résultats de la recherche. Les enseignants connaissent le phénomène du changement climatique et ont des avis contrastés sur leurs manuels, considérant pour 40% d’entre eux que les documents ne favorisent pas la construction des compétences. La chercheure montre que l’enseignement ordinaire est caractérisé par une faible diffusion de pratiques interactives en dépit du cadrage officiel par l’APC : il y a peu d’activités de haute tension intellectuelle, peu de sorties, peu de mise en action des élèves. Cela constitue un diagnostic utile pour la mise en place d’une formation continuée jugée insuffisante pour l’heure par les enseignants. Concernant les apprentissages, on constate un écart entre le niveau correct de connaissances déclaratives - les élèves ont presque tous déjà entendu parler du changement climatique et deux-tiers environ en donnent une définition correcte - et les difficultés de compréhension de l’objet changement climatique. Comme dans bien d’autres systèmes éducatifs, la formation au raisonnement géographique demeure un enjeu crucial. Enfin, l’ingénierie proposée montre son efficacité dans les limites de l’analyse conduite : elle favorise des activités intellectuelles plus exigeantes de la part des élèves.  

Ambitieuse par son ampleur, inscrite dans une perspective d’apport de la preuve au moyen d’une démarche expérimentale, la thèse de Madame Minerve KWEKEU apporte un éclairage qui doit être médité dans une perspective de comparaison avec d’autres géographies scolaires. Bien des constats qu’elle dresse peuvent sans doute être partagés avec d’autres pays : une formation continuée en manque d’efficacité, des manuels scolaires indispensables mais jugés peu adaptés par les enseignants, des élèves qu’il est difficile de conduire vers la compréhension de la complexité du changement climatique et de ses effets au-delà de la restitution de connaissances. Concevoir une progression dans les apprentissages du raisonnement et de la complexité et développer des perspectives d’analyse critique des images en lien avec le changement climatique (risque d’usage d’images emblématiques pouvant masquer des phénomènes plus préoccupants, repérage et décodage d’images produites par des lobbies climato-sceptiques) sont des objectifs didactiques à poursuivre au Cameroun comme ailleurs. 

CR de Jean-François Thémines


Jury composé de :
Moïse Moupou, professeur, Université de Yaoundé, rapporteur ;
Jean-François Thémines, professeur, Université de Caen Normandie, rapporteur ;
Christine Vergnolle-Mainar, professeur émérite, Université de Toulouse Jean Jaurès ;
Michel Tchotsoua, professeur, Université de Ngaoundéré ;
Pascal Clerc, professeur, CY Cergy Université Paris, directeur de thèse ;
Renée Solange Kneck Bidias, professeure, Université de Yaoundé I, directrice de thèse.  

La thèse est accessible au lien suivant : https://theses.fr/2024CYUN1289 

Deux articles de didactique de la géographie dans Education et Didactique, n°3, 2024 (vol. 18)


Au sommaire de ce numéro de la revue Education et Didactique, revue éditée aux Presses Universitaires de Rennes, dont le projet éditorial est de « repenser les rapports entre les didactiques à l’intérieur des recherches en éducation et de développer les relations entre la didactique et les autres sciences de l’homme et de la société » :

Anne Glaudel et Jean-François Thémines, Conscience disciplinaire et didactique de la géographie : une approche par le sujet didactique
 
Résumé : 
L’article s’inscrit dans le dialogue ouvert par Yves Reuter en 2007 dans cette revue autour du concept de « conscience disciplinaire ». Depuis la didactique de la géographie, ce texte propose une contribution qui a une double visée : mobiliser ce concept pour réinterroger le rapport que les élèves établissent avec la géographie scolaire et poursuivre le dialogue entre didactiques sur la conscience disciplinaire en approchant les élèves en tant que sujets didactiques ayant une dimension spatiale. Des analyses qualitatives de paires de productions d’élèves mettent en évidence des formes de rapport à l’espace, tel qu’il se construit dans le système didactique et/ou hors du système didactique. Ces analyses préluderont à une discussion du concept de conscience disciplinaire à partir du sujet didactique, tel qu’on peut le construire en didactique de la géographie. 
Mots-clés : conscience disciplinaire, sujet didactique, didactique de la géographie, production langagière, étude de cas

Cédric Naudet, Malentendus spécifiques et malentendus transverses dans la géographie scolaire

Résumé : 
L’article propose d’interroger la géographie scolaire au prisme des malentendus socio-scolaires. L’analyse s’appuie sur des observations participantes dans des dispositifs « devoirs faits » en collège et en lycée. Elle amène à distinguer différents types de malentendus relevant tant de dimensions transverses aux disciplines scolaires (attendus littératiés, disciplination, attendus opaques) que de particularités de la culture disciplinaire (raisonnement disciplinaire, exigences des objets de savoirs, identité à engager dans une activité). La typologie distinguée permet une perspective comparatiste et ouvre un nouveau champ d’interrogation pour la géographie scolaire.
 
Mots-clés : géographie scolaire, malentendus socio-scolaires, littératie, disciplination, devoirs faits
 

 

New York et Johannesburg dans les séries télévisées (CR de thèse)

Compte-rendu de thèse : 

Pierre DENMAT, 2024, New York et Johannesburg dans les séries télévisées : analyse géographique et transposition didactique, Thèse de doctorat de géographie humaine, économique et régionale de l’Université Paris Nanterre (dir. : Sonia Lehman-Frisch et Philippe Gervais-Lambony).

Soutenue le 27 septembre 2024  à Nanterre, la thèse de Pierre Denmat est une analyse géographique des représentations de deux métropoles (New York et Johannesburg) construites par des séries télévisées états-uniennes et sud-africaines et de leur réception par des publics de lycéens scolarisés en France (Suresnes), en République Sud-Africaine (Johannesburg) et aux Etats-Unis (New York). 

Pierre Denmat défend l’idée d’une pertinence de ces séries en tant que documents géographiques soutenant une analyse comparée des représentations d’espaces métropolitains qu’elles produisent, de l’intérêt pour la géographie culturelle d’une étude comparée de la réception de ces documents chez des publics différents par leur pays, métropole et quartier de résidence, enfin de la possibilité d’une « didactisation » de ces documents (extraits de séries) pour des apprentissages qui redonnent de la valeur à la géographie enseignée dans les lycées. 

Le travail s’appuie sur trois corpus : 1° les séries télévisées sélectionnées (Gossip Girl, Sex and the city, The Sopranos, Da Brooklyn Way ; Egoli Place of Gold, Rhythm City, Scandal !, Brokke Niggaz) ; 2° les productions d’adolescents scolarisés à Johannesburg, New York et Suresnes (287 dessins et/ou cartes mentales complétés de courts entretiens d’explicitation pour Johannesbourg ; 53 pour New York ; 98 pour Suresnes) ; 3° la documentation réunie par l’auteur lors de ses déplacements à Johannesburg et à New York, en particulier le matériel photographique rapporté et utilisé dans l’écriture de cette thèse. 

Le premier corpus a été constitué en fonction des espaces d’ancrage des séries (représentation d’une certaine diversité de quartiers), de leur date de production (pour observer la représentation de dynamiques métropolitaines) et de leurs possibilités d’usage dans le cadre de l’enseignement prescrit de la géographie en France (thème de la métropolisation). La constitution du deuxième corpus a été tributaire de l’accueil reçu dans les différents contextes, favorable et même enthousiaste à Johannesburg, réservé et corseté par des questions de sécurité et de morale à New York. Les réalisations françaises sont le fait d’élèves de l’auteur qui est professeur en lycée à Suresnes. Le troisième corpus résulte d’une démarche qui a pour fonction de construire une distance face aux représentations produites des deux métropoles. Le chercheur s’est donc rendu (pendant les vacances scolaires) dans ces espaces et y a prélevé des indices visuels de fonctionnements et de pratiques urbaines. 

La recherche s’est nourrie de l’expérience professionnelle de l’auteur, enseignant la géographie et l’histoire en anglais en France. Le point de départ est professionnel : il s’agit d’aiguiser le sens critique des élèves face à des images et sons qu’ils utilisent au quotidien, en s’appuyant sur des séries télévisées et en s’adossant à la géographie comme prisme d’analyse de ces produits culturels (p. 23). La dynamique de la recherche conduit l’auteur vers la mise en forme d’une géographie culturelle des séries télévisées (chapitre 1). Puis, par effet retour, le projet professionnel initial se mue en « une perspective de faire évoluer la géographie scolaire [à l’échelle des enseignements de l’auteur] en dépassant la « vision autocentrée du monde » [qui prévaut dans la géographie scolaire française prescrite] et en proposant [ces séries comme] nouveaux outils pour aborder des territoires « des Suds » mais aussi des territoires « des Nords » en décentrant le regard » (p. 29). 

Intitulée Itinéraires entre une géographie des séries télévisées et un enseignement de la géographie par les séries, la première partie présente le cadre théorique, méthodologique et contextuel de la recherche. Le premier chapitre définit les conditions d’une approche de géographie culturelle des séries télévisées. Le deuxième chapitre fait entrer dans le cheminement de la thèse. On prend tout d’abord connaissance du cadrage que se donne l’auteur, professeur, pour enseigner la géographie au lycée par les séries télévisées (prise en compte des programmes scolaires, questionnements envisagés pour les élèves, possibilité d’usage de cartes mentales et intérêt d’entretiens complémentaires). On le suit dans la mise en place, comme professeur et chercheur, d’une démarche de transposition didactique qui le conduit à produire le savoir de référence (l’analyse géographique de représentations culturelles de métropoles mondiales par les séries télévisées) qui sera l’objet d’une recomposition dans les classes. Ce chapitre se poursuit par la présentation des terrains d’enquête : le « terrain d’essai » qu’a constitué le lycée de Suresnes, les deux autres : celui « central » (p. 134) des établissements d’accueil à Johannesburg, celui « difficile » (p. 160) qu’ont constitué les deux établissements new-yorkais.  

La deuxième partie La géographie de New York et de Johannesburg dans les séries télévisées : réflexions sur les écritures de géographies fictionnelles présente l’analyse des corpus de séries choisies. Le chapitre 3 détaille le processus et les contraintes d’écriture des séries et se sert d’écarts repérés entre espaces représentés dans les séries et espaces observés pour cerner les choix de leurs producteurs. Les résultats montrent une standardisation des représentations d’espaces métropolitains en même temps qu’une focalisation sur les espaces de vie de quelques catégories sociales représentées, plutôt aisées. La comparaison des représentations de New York et de Johannesburg met en évidence la diffusion de formes narratives états-uniennes dans le contexte sud-africain et l’intérêt du concept de fragmentation comme grille de lecture des représentations de ces deux métropoles. La dimension sonore constitue un riche prisme d’analyse (quelles productions de l’industrie musicale ? quels sons de la ville ? quels genres musicaux et quelles évolutions de leur présence dans le temps ?). La dimension linguistique est elle aussi exploitable géographiquement (l’émergence de la « nation arc-en-ciel »). Le chapitre 4 approfondit les analyses pour le cas de New York, montrant comment les séries choisies participent de la construction et diffusion de représentations stéréotypées à destination d’un public mondial. Le chapitre 5 analyse les représentations sérielles de Johannesburg, donnant à voir une métropole émergente (avec une surreprésentation statistique des black diamonds), empruntant des formes aux métropoles des Nords (CBD et quartiers proches : la New York de l’Afrique), mais aussi plus fragmentée que dans les pratiques des habitants en raison de la quasi non-représentation de leurs mobilités (exception de la websérie Broke Niggaz). Le chapitre se termine sur d’intéressantes considérations concernant les évolutions introduites par l’arrivée de Netflix en République sud-africaine (changement de format de séries, représentations de quartiers gentryfiés et d’une Johannesbourg nocturne et festive, traitement de la question de l’insécurité). 

La troisième partie La réception des séries télévisées : un miroir de la fragmentation des métropoles et des apprentissages géographiques des élèves s’attache à la présentation et l’analyse des productions des élèves. Le chapitre 6 étudie la réception des séries télévisées chez des adolescents habitant la métropole représentée. Il montre que, lorsque les adolescents y sont invités (situation d’entretien collectif autour d’un panel de cartes mentales d’élèves), ils sont capables d’une mise à distance des représentations sérielles, tant sur leur contenu (écarts représentations/pratiques personnelles) que sur leur visée (la série comme produit marketing).  Dans le cas de Johannesburg, la réception des séries est mise en lien avec la fragmentation urbaine (méconnaissance réciproque des quartiers). Par des ajouts aux représentations de Johannesburg proposées par les séries, certains élèves montrent une autonomie qui semble aller jusqu’à la « prise de position » (p. 383). Dans le cas de New York, la réception montre des formes d’attachement des élèves à leurs quartiers (Brooklyn, New Jersey). Le chapitre 7 analyse la réception des séries chez des adolescents ne connaissant pas ou peu la ville filmée en croisant les terrains des écoles new-yorkaises, johannesbourgeoises et francilienne. Il apparaît que les élèves projettent leurs propres connaissances de leur ville (ce qu’ils s’en représentent) sur la ville des autres, mais aussi les connaissances qu’ils ont acquis de cette autre ville par mobilité internationale. C’est ainsi qu’apparaissent des différences sociales entre les représentations qu’ont les élèves johannesbourgeois de New York selon qu’ils l’ont déjà pratiquée (catégories aisées) ou pas. En contrepoint, les élèves new yorkais, sans élément de connaissance préalable sur Johannesburg, y projettent une pauvreté et une insécurité que les extraits de série ne montrent pas. L’analyse de la réception des séries par les élèves de Suresnes met l’accent sur un « effet discipline », la culture géographique scolaire des élèves leur permettant de solliciter des concepts qui fonctionnent comme des grilles de lecture. Cette culture scolaire transparaît aussi dans une connaissance préalable de New York abondamment représentée dans les manuels de géographie, bien davantage que Johannesburg. Il faut aussi ajouter un « effet enseignant » ou « effet dispositif », ces élèves ayant bénéficié d’un enseignement conçu par le professeur-chercheur. Le chapitre 8 consiste en un retour d’expérience articulé autour du constat d’une réussite mieux partagée entre les élèves qu’avec des dispositifs d’enseignement classiques et de la construction d’une distance critique des élèves à l’égard des séries. 

Originale par sa dimension comparatiste, convaincante dans sa démonstration de l’intérêt de développer avec des lycéens une approche de géographie culturelle des séries TV, la thèse de Pierre Denmat mérite d’être connue, diffusée et prolongée par les expérimentations didactiques d’autres enseignants. Les programmes de géographie actuels invitent à de telles approches comparatistes autour des modes d’habiter et de la métropolisation. Traiter ces thèmes par une approche critique de séries TV issues de divers pays est un moyen d’en renouveler l’étude tout en rencontrant l’intérêt des élèves. 

CR de Jean-François Thémines