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DE LA RECHERCHE A LA FORMATION

Nous avons créé ce blog dans l'intention de faire connaître les travaux de recherche en didactique de la géographie. Notre objectif est également de participer au renouveau de cette discipline, du point de vue de ses méthodes, de ses contenus et de ses outils. Plus globalement nous espérons que ce site permettra d'alimenter les débats et les réflexions sur l'enseignement de l'histoire-géographie, de l'école à l'université. (voir notre manifeste)

vendredi 6 février 2026

Analyse critique des propositions de programme de géographie en cycle 2 et 3

Auteurs :

Karine Férol, enseignante d’histoire géographie, formatrice, Académie de Versailles, doctorante en didactique en géographie, Laboratoire en didactique André Revuz, Université Paris Cité.

Cyrille Chopin, enseignant d’histoire géographie, Académie de Normandie, doctorant en en didactique en géographie, Laboratoire en didactique André Revuz, Université Paris Cité.

Aurore Lecomte, maitresse de conférences, Laboratoire Acté, Université Clermont Ferrand.

Caroline Leininger, professeure des universités, Laboratoire en didactique André Revuz, Université Paris Cité

Cédric Naudet, maitre de conférences, Laboratoire CIRCEFT – ESCOL, Université Paris Est Créteil

 

Cette analyse critique est issue d'un collectif de chercheurs en didactique de géographie intervenant en formation initiale et continue des enseignants du primaire et du secondaire. Il se construit en deux temps. La première partie propose une analyse linéaire, thème par thème, pour en souligner les intérêts et les limites. La seconde partie propose une analyse holistique de ces programmes en revenant sur les enjeux et les démarches pédagogiques inhérentes.

 

Partie 1 Analyse linéaire des programmes

Cycle 2 

Classe préparatoire 

Thème 1 Autour de l'école

Ce thème est un classique, néanmoins très pertinent, de la classe de CP. Il permet aux élèves d'appréhender leur espace proche et de développer des compétences dans le repérage dans l'espace. Il a également pour avantage de permettre aux élèves de réfléchir aux jeux d'échelles. Il se prête particulièrement à la découverte de l'abstraction cartographique, par exemple, à partir d'albums jeunesse.

Thème 2 : Découvrir le monde

La découverte du monde pour des élèves de CP devrait permettre de les accompagner dans la construction d'une vision du monde. Néanmoins, à cet âge, les élèves sont à la charnière entre le stade de développement de l'espace vécu où les apprentissages impliquent une expérimentation corporelle et le stade de l'espace perçu. Or tel que pensée par ces projets de programme, ce thème repose sur l'apprentissage de repères abstraits dont le sens risque fortement d'échapper aux élèves. L'abstraction doit donc être pensée en articulation étroite avec le thème 1. Il serait d'ailleurs pertinent que la découverte des continents soit basée sur la découverte d'autres cultures et que les attendus en termes de repères soient adaptés en ce sens. Le concept de foyer de peuplement en CP nécessite par exemple une forte abstraction : il repose sur la notion de densité qui implique de comprendre ce qu'est un Km2, notion qui arrive en cycle 3. L'apprentissage des fractions usuelles (quart, demi) intervient dès le cycle 2. Ce n'est pas le cas de la division.

 CE1 

Thème 1 : La Terre est peuplée

 Ce thème gagnerait à être resserré autour de la différence entre la ville et la campagne en supprimant le premier objectif d'apprentissage : connaître les grands foyers de peuplement (fortes densités) en remobilisant les repères acquis depuis le CP ? (Cf remarques sur le thème précédent). Il serait intéressant de proposer des études de cas de plusieurs villes dans le monde, ce qui permettrait aux élèves de construire la notion de ville dans une perspective comparative. Cette proposition s'inscrit dans la lignée de celle réalisée pour le thème précédent (thème 2 du CP).

Thème 2 : Découvrir les lieux où vivent les êtres humains

Tel que rédigé dans les projets, ce thème risque de donner lieu à un inventaire des reliefs, des climats et des fleuves. C'est un retour en arrière vers une géographie descriptive type "tableau du monde", particulièrement rébarbative pour les élèves et pour les enseignants. Les listes des apprentissages attendus visent à l'apprentissage par coeur de savoirs qui ne feront pas sens aux élèves. Il serait intéressant d'avoir comme objectif de comprendre différents milieux de vie en choisissant trois ou quatre milieux distincts : vivre dans une forêt dense équatoriale, vivre à la montagne, vivre le long d'un fleuve et vivre dans une plaine agricole. Les savoirs visés permettraient de mieux construire les notions de plaine, de montagne, de climats etc. La notion de densité devrait être supprimée pour les raisons déjà évoquées. 

 CE2 

Thème 1 : L’inégale répartition de la population en France

Ce thème n'a pas sa place en primaire pour les raisons déjà évoquées. 

Thème 2 : Se loger en France

Ce thème est un héritage du programme précédent. Néanmoins la nature des savoirs en jeu a été profondément modifiée. Ce chapitre rompt avec l'Habiter étudié précédemment. Le retour des paysages est cohérent avec le développement cognitif des changements de cet âge. Il est néanmoins dommage d'évincer l'entrée par les acteurs qui caractérise l'Habiter. Il serait intéressant que le paysage ne soit pas la seule entrée dans ce thème et que les pratiques spatiales des acteurs soient prises en compte : que signifie habiter un village, habiter un centre ville ? .Le vocabulaire proposé relève du sens commun. Il serait d'avantage intéressant que les notions de centre ville, banlieue, village. La forme d'habitat a peu d'intérêt sur le plan des apprentissages géographiques. 

Thème 3 : Travailler en France

Ce thème s'inscrit dans la même configuration que le précédent. L'entrée par les paysages est pertinente. Il pourrait être intéressant d'aborder avec les élèves des facteurs de localisation (sans que le terme soit explicite), autrement dit "pourquoi là et pas ailleurs?". Cela permettrait d'éviter une suite d'études de paysage sans que de véritables savoirs géographiques puissent être construits. Cela permettrait également de sortir d'une étude statique du paysage en introduisant dans ce chapitre le rôle des transports, du climat (héliotropisme) etc.

 

Cycle 3 

CM1

Thème 1 : Se nourrir

Le thème permet globalement de couvrir les différents aspects de la question. Néanmoins, il est problématique de focaliser l'analyse des différents modes d'alimentation sur une opposition caricaturale entre les pays développés et PMA. Cela contribue à construire une opposition pays des Nords / pays des Suds caricaturale alors que justement, l'une des finalités de la géographie est de lutter contre les stéréotypes. En lien avec l'éducation à la santé, il sera intéressant de montrer comment l'alimentation peut favoriser ou non la santé avec par exemple une étude du mode d'alimentation aux Etats-Unis, en Crête ou au Japon et en France, ou tout autre pays. Les mots clés proposés sont peu géographiques. 

Thème 2 : Les inégalités dans le monde

L'entrée dans les inégalités par un exemple concret (eau, santé ou éducation) permet de rendre concret son enseignement. En revanche, l'usage de l'IDH, qui est un indice composite difficilement compréhensible même au collège est à bannir. Par ailleurs, il serait intéressant que les questions des inégalités ne soient pas traités qu'à l'échelle mondiale. Il y a aussi des inégalités d'accès à l'eau en France, par exemple (cf. La Guadeloupe), ou même d'accès à l'éducation quand on vit en zone rurale. Une approche multi-scalaire permettrait de sortir d'une opposition Nords/Suds. Il y a d'autres notions à transmettre dans le cadre de ce chapitre que l'IDH : inégalités, eau potable / eau propre ou alphabétisation / illettrisme ou espérance de vie / mortalité infantile par exemple.

 Thème 3 : Se déplacer

Ce thème fait partie de ceux sur lesquels les élèves apprennent peu de choses car les différentes modes de transport sont déjà connus des élèves. Le projet de programme n'évoque pas les microgéographies des élèves, qui permettrait de donner du sens au concept de déplacement. Globalement, les enjeux des mobilités sont peu traités. Les transports nécessitent des infrastructures qui sont construites ou non en fonction d'arbitrage politiques. Il serait intéressant notamment en lien avec le développement durable qu'une étude de cas permette de montrer aux élèves ces enjeux. Cela éviterait une leçon qui se limite à une liste des moyens de transports existants, reposant là encore sur une vision de la géographie " inventaire du monde". Cela s'inscrit aussi en lien avec l'EMC. Les notions à apprendre pourraient alors être : moyen de transport, mobilité; aménagement, infrastructures de transport, ou encore mode de transport.

 Thème 4 : Communiquer dans le monde avec Internet

Ce thème est utile mais mal compris des enseignants : les notions à apprendre sont peu géographiques. Il serait intéressant de rajouter le terme de data center  et d’en étudier également les emprises spatiales) et tout simplement la notion d'espace de l'internet. 

  CM2 

 Les thèmes proposés dans la classe de CM2 sont en rupture avec ceux proposés en CM1 et en 6ème. En effet, la classe de CM1 est construite autour d'une géographie thématique permettant d'étudier des thèmes en lien avec l'EMC et les éducations à (santé, développement durable). La classe de CM2 est construite principalement sur l'étude régionale. Il y a par ailleurs une redondance avec le chapitre sur l'eau douce en cycle 2. Il y a un vrai risque de revenir à une géographie factuelle menant à des apprentissages par cœur ne permettant pas aux élèves de construire un raisonnement comme attendu dans le socle commun. Il pourrait être intéressant d'identifier plusieurs entrées thématiques pour étudier la France et l'Europe : se déplacer en France et en Europe, Vivre en ville en France et en Europe, Vivre en Europe. 

 6ème 

Les deux premiers thèmes de la classe de 6ème (Je me repère à la surface de la Terre et Le peuplement de la Terre) sont des reliquats de programmes très anciens. L'apprentissage des repères terrestres est utile mais très ennuyeux. Il y a aussi une redondance par rapport à l'approche proposée en CP. Est ce que ce thème ne pourrait pas être transversal à l'ensemble de l'année ? Le premier thème permet enfin d'introduire des connaissances démographiques. Ce sont des éléments qui manquaient en collège. Placer ce thème en début d'année n'est pas très stimulant. Est-ce que cela ne pourrait pas être abordé en 5ème en lien avec la croissance démographique ?

 Les trois thèmes suivants sont très proches de ce qui était déjà enseigné dans le cadre des programmes précédents. Ce sont des thèmes stimulants, cohérents avec la mise en œuvre de la compétence "raisonner" et fortement en lien avec les enjeux sociétaux de la discipline. Il est néanmoins étonnant que les notions à transmettre soit beaucoup plus réduites qu'en primaire. Les enseignants de collège étant historiens à grande majorité avec une formation réduite en géographie, l'enseignement de la géographie gagnerait en qualité à ce que des notions précises soient indiquées en 6ème dans la lignée des autres classes du cycle 3.

 

Partie 2 Enjeux et démarches sous-jacentes 

Transmettre plutôt que comprendre et raisonner

Les programmes prévus pour le cycle 2 et cycle 3 s'inscrivent dans une logique transmissive. Ils tendent à réduire la géographie à une discipline descriptive fondée sur des repères à mémoriser, véhiculant une vision imposée du monde au détriment de la formation d’une pensée autonome chez les élèves. 

En primaire, le projet pour les cycles 2 et 3 marque un retour à une géographie « inventaire du monde ». Le texte insiste sur la transmission : descendante, centrée sur la parole de l’enseignant, organisée par des « questions » qui semblent avoir pour fonction de dérouler un contenu prévisible et prédéterminé. Il néglige l’importance de la construction de savoirs par les élèves, pour des apprentissages qui soient signifiants à leurs yeux tout en étant scientifiquement fondés. Répétées, récitées, les listes de repères n’ont pas de lien avec le traitement des thèmes proposés. Hétérogènes, les mots-clés à mémoriser, non hiérarchisés, comportent des éléments de vocabulaire du quotidien (« bateau », « avion ») et des indicateurs dont l’intérêt est très voire trop complexe pour des élèves de cet âge (« PIB », « IDH »). 

Les outils de pensée de la discipline : concepts géographiques et entrées dans le raisonnement (par les cartes, les territoires ou les acteurs) sont relégués au second plan, fragmentant les savoirs. Il y a un risque fort de redondance entre le primaire et le secondaire.

 Le deuil de la complexité du monde

Le questionnement géographique est certes mentionné, mais sans explicitation des raisonnements qu’il induit. L’articulation des échelles et la prise en compte des acteurs sont discrètes. Le cycle 3 privilégie l’échelle mondiale, au détriment des pratiques spatiales locales, essentielles pour comprendre le territoire. Les savoirs d’expérience sont considérés « dans la mesure du possible », en dépit des recherches qui en montrent l’importance. Les démarches propres à la géographie ne sont guère précisées : on ne sait ni comment l’enseigner ni comment apprendre à en faire.

Un programme très dense

Enfin, si le temps dédié à la géographie est extensif en cycle 2, le programme de cycle 3 est dense, laissant parfois un temps insuffisant pour permettre aux enseignants de prendre en compte la complexité des thèmes traités et de déployer des activités d'apprentissage de haute intensité intellectuelle. Il serait profitable que le nombre de thèmes soit réduit pour que le temps dédié soit plus long.

 

mardi 3 février 2026

Enseigner la géographie avec des excursions virtuelles

Dans le cadre du projet V-GeoScied (Programme Erasmus Plus 2024-1-FR01-KA220-HED-000248534) ont été analysées les excursions virtuelles disponibles sur le développement durable. 

Cette analyse identifie leurs principales caractéristiques, les démarches pédagogiques mobilisées et les approches méthodologiques. L'article aborde également le potentiel des excursions virtuelles pour développer les compétences chez les élèves en lien avec l'éducation au développement durable. Les excursions virtuelles offrent une alternative prometteuse aux études de cas. Elles permettent aux enseignants de créer des expériences d'apprentissage immersives, interactives et accessibles, tout en relevant les défis liés à la diversité, à l'inclusion et à la durabilité.

Cette analyse a été publié sous le titre  « Virtual field trips: an analysis of their characteristics, elements, and approaches » (Excursions virtuelles : analyse de leurs caractéristiques, éléments et approches), dans le Journal of Geography in Higher Education.


 Lire l'article : https://doi.org/10.1080/03098265.2025.2560326
 En savoir plus sur V-GeoScied : https://v-geoscied.v-global.eu/

mardi 13 janvier 2026

Didactique de la géographie au primaire et au secondaire au Québec


Didactique de la géographie au primaire et au secondaire : approche multidisciplinaire pour l’enseignement et l’apprentissage de la géographie, sous la direction de Kevin Péloquin, Marc-André Éthier, David Lefrançois, Presses de l'Université Laval (site de l'éditeur).

Ce manuel universitaire est le fruit d’une réflexion entamée il y a quelques années pour trouver une façon d’outiller les étudiantes et les étudiants en formation initiale à l’enseignement de la géographie au primaire et au secondaire. Enseignée avec pertinence, la géographie a le pouvoir d’éveiller la curiosité, de stimuler l’esprit critique et de nourrir une compréhension profonde du monde.

Description

Cet ouvrage collectif, structuré en quatre parties, analyse les pratiques et les formes d’institutionnalisation de la géographie scolaire au Québec, rassemblant seize contributions de chercheurs et praticiens. À partir d’une approche réflexive, il éclaire les tensions affectant la discipline : héritages, débats sur le territoire, diversité des parcours professionnels et expériences vécues. Il souligne la pluralité des références, des influences et des controverses méthodologiques et épistémologiques ayant marqué le champ, dans une perspective critique et internationale.

L’ouvrage présente d’abord l’évolution des programmes et l’histoire des savoirs enseignés et de la géographie comme discipline scolaire. Il analyse ensuite des pratiques pédagogiques – sorties de terrain, outils numériques, intégration des systèmes d’information géographique et démarches d’exploration active –, tout en examinant les modalités d’accompagnement, la mise en œuvre des compétences numériques et la place de la recherche dans le renouvellement des pratiques enseignantes. Il accorde aussi une attention particulière à l’inclusion, à la justice sociale et à la reconnaissance des savoirs autochtones. Il aborde les enjeux de la toponymie, d’identités professionnelles et d’inégalités scolaires, en refusant toute position décontextualisée. Il explore enfin les questions d’évaluation, de développement des compétences et propose des pistes pour articuler démarche euristique et adaptation aux contextes d’enseignement. Il examine les marges d’autonomie enseignante et les conditions favorisant une formation citoyenne ancrée dans les enjeux territoriaux à différentes échelles.

L’ouvrage s’adresse aux personnes qui souhaitent comprendre la géographie scolaire comme un champ dynamique, marqué par des tensions productives et des choix situés, offrant analyses, outils et balises pour accompagner l’évolution de ce champ, en croisant didactique et géographie.


jeudi 8 janvier 2026

Néolibéralisation de l'éducation et fabrique des territoires


A LIRE : « Néolibéralisation de l'éducation et fabrique des territoires », Espaces et Sociétés, 2025/3 n° 296, https://shs.cairn.info/revue-espaces-et-societes-2025-3

La néolibéralisation de l’éducation, qui se manifeste par des processus de privatisation de services et d’institutions éducatifs, mais aussi par l’intégration de logiques commerciales et managériales dans des dispositifs publics, prend une ampleur croissante dans de nombreux contextes des Nords et des Suds, et traverse tous les niveaux éducatifs. Ce dossier documente la manière dont ses logiques participent de la fabrique des territoires contemporains, aussi bien dans des marges (urbaines ou rurales) que dans des centralités métropolitaines. Il s’intéresse à la façon dont s’internationalisent les acteurs de cette néolibéralisation éducative, dans leurs pratiques et leurs modèles, et examine les territoires investis, inégalement attractifs ou délaissés, et leurs logiques. Il interroge la circulation des modèles entre secteurs, public et privé, entre niveaux d’enseignement, entre Nords et Suds, mais aussi les rapports de pouvoir, générateurs de nouvelles inégalités, qui accompagnent ces transformations sociospatiales, à différentes échelles.

Ce très bon numéro thématique de la revue Espaces et Sociétés traite, selon une approche critique, des processus de territorialisation concernant les cités éducatives, l'éducation prioritaire, les universités en compétition... Avec une équipe de spécialistes sur la question des rapports entre éducation et territoires.

I. Néolibéralisation de l’éducation et fabrique des territoires

Éditorial. Néolibéralisation de l’éducation et fabrique des territoires. Par Nora Nafaa, Hicham Jamid, Virginie Baby-Collin et Florence Bouillon

Les édupreneurs et leurs territoires : au-delà de la privatisation, une mutation profonde des paysages éducatifs mondiaux. Par Aurélie Delage, David Giband et Kevin Mary

Des écoles bilingues pour concurrencer l’école privée ? Étude d’une politique d’« attractivité » scolaire. Par Manon Pothet

La fabrique de territoires comme instrument de néolibéralisation de l’éducation : le cas des Cités éducatives. Par Julie Pinsolle et Julien Tourneville

L’illusion de l’excellence en éducation prioritaire ou la fabrique de territoires scolaires de seconde zone. Par Renaud Cornand et Ariane Richard-Bossez

Enjeux et mesure d’un « effet académie » en contexte de déconcentration de l’appareil éducatif en France. Par Antoine Laporte et Jeanne Piqué

Enseignants du public et promoteurs privés : une composante dans la néolibéralisation de l’éducation au Sénégal. Par Jean-Alain Goudiaby et David Mame Biram Ngom

Mettre à profit l’accessibilité : le développement marchand de pôles du savoir en Malaisie et à Chypre-Nord. Par Théotime Chabre et Jimmy Stef

II. Varia

De nouveaux logements sociaux trop chers : la fabrique métropolitaine d’un « non-problème ». Par Hadrien Herrault et Fabien Desage

III. Controverse

Territorialisation et compétition : les universités françaises à l’épreuve de nouvelles inégalités ? Par Nora Nafaa

Différenciation des universités et des universitaires : une approche par les dimensions spatiales et territoriales. Par Camille Vergnaud

Entretien avec Xavier Py. Par Nora Nafaa

Compte-rendu de thèse

Jules Bodet, 2024, La mixité sociale à l’école : analyse géopolitique de la ségrégation scolaire dans les collèges des Hauts-de-Seine. Conflit de représentations de la nation et du rôle de l’école, et enjeux locaux autour de la gouvernance de la carte scolaire, thèse de doctorat de géographie, université Paris 8 Vincennes/Saint-Denis. CR par Gwenaëlle Audren.


lundi 8 décembre 2025

Questionnaire d'enquête sur la langue de la géographie scolaire


Raphaële De La Martinière conduit une recherche doctorale sur la question des compétences langagières en géographie au lycée sous la direction de Dominique Chevalier. Ce travail s’articule autour de trois questions principales :

  • Quelle est la spécificité de la langue disciplinaire en géographie ?
  •  De quelles manières les enseignants la transmettent-ils ?
  •  Comment les élèves se l’approprient-ils, ou non ?
Dans ce cadre, elle a créé un questionnaire en ligne à destination des enseignants de lycée général en histoire-géographie et HGGSP. Merci de prendre le temps de répondre à ce questionnaire d'enquête si vous êtes enseignant.e d'histoire-géographie en lycée.




mercredi 5 novembre 2025

La place des élèves allophones dans les espaces scolaires


Russo, L. (2025). La place des élèves allophones dans les espaces scolaires : entre inclusion et marginalisation. Thèse de doctorat en Géographie, Aix-Marseille Université, École doctorale ED 355 Espaces, cultures, sociétés. Sous la direction de V. Baby-Collin & F. Chnane-Davin. Soutenue le 30 septembre 2025.

Luna Russo a soutenu une thèse visant à analyser « la relation entre l’espace scolaire et le vécu de scolarité d’élèves migrant⸱es et/ou étranger⸱es scolarisé⸱es en France » (p. 14)  ; dans cette optique elle privilégie une entrée par l’échelle micro de la salle de classe et de l’établissement scolaire, pour mieux « donner une place centrale aux individus » (p. 16). Tout en interrogeant, ainsi, les politiques éducatives, le propos principal de sa thèse vise à identifier les logiques d’inclusion ou de marginalisation des EANA (élèves allophones nouvellement arrivés) en examinant la manière dont ces derniers pratiquent et prennent place dans divers établissements. Il s’agit, ce faisant, de comprendre dans quelle mesure l’organisation pédagogique et sociale des espaces contribue à marginaliser et/ou inclure les élèves ciblés par l’étude.

La thèse de Luna Russo est structurée en trois parties intégrant sept chapitres systématiquement introduits et conclus, la présence d’encadrés permettant par ailleurs de disposer d’informations utiles pour apporter des précisions contextuelles à la recherche.

Une première partie positionne le travail de recherche proposé à la croisée des disciplines (géographie sociale/de l’éducation, sociologie, didactique des langues, sciences de l’éducation – cf. p. 22) et clarifie la manière dont Luna Russo s’empare des concepts clés de son étude. Dans ses développements plus conceptuels (chapitre 1), la notion de place est mobilisée, à l’appui d’une bibliographie articulant utilement géographie et éducation (en convoquant, par exemple, les travaux de Doreen Massey et ceux de Jean-François Thémines et de Claire de Saint Martin). Ce concept lui permet, en effet, de penser la manière dont les places des EANA s’élaborent à l’articulation de dimensions sociales, symboliques, didactiques, géographiques et politiques (p. 26). La façon dont la notion d’inclusion est conçue sous un angle institutionnel est par ailleurs soulignée en mettant en avant les difficultés posées par les séparations socio-spatiales et en rapprochant l’inclusion des pratiques de différenciation. C’est que Luna Russo, qui explicite systématiquement son positionnement au regard de la littérature qu’elle convoque, souhaite appréhender les processus de marginalisation à différents niveaux sociaux (entre EANA, élèves ordinaires et équipes éducatives, entre EANA eux-mêmes) et spatiaux (classe, établissement). Elle souhaite examiner, en partant d’une perspective intersectionnelle, comment les mécanismes de relégation, les processus discriminatoires, les dynamiques associées à la marginalisation sont vécus, perçus et représentés par les élèves ciblés par sa recherche. Et de penser, plus largement et ainsi qu’elle le synthétise à la page 56 de la thèse, « à la localisation de la classe, à ses connexions avec les autres espaces, et à la manière dont elle impacte / conditionne / informe les spatialités des élèves au sein de l’espace de l’établissement dans sa globalité et ce qu’elle révèle de leur inclusion et/ou marginalisation au sein des espaces communs ordinaires et des espaces d’apprentissage ». Le chapitre 2 vise alors à décrire la méthodologie qualitative mobilisée pour réaliser cette enquête. Celle-ci est mixte et associe, à la réalisation de cartes mentales (70 conservées), des entretiens (86 réalisés) et des parcours commentés ainsi que des observations de situation de classe. Parmi les cinq établissements évoqués dans un premier temps, trois collèges sont liés au projet OJEMIGR (Saisir la construction sociale de l’orientation scolaire des jeunes migrants), financé par l’ANR, dans lequel Luna Russo s’est engagée en réalisant sa thèse et grâce auquel elle a eu accès aux terrains. Si l’association des protocoles participe, en cumulant les approches, d’une triangulation utile pour confronter les données produites (ainsi que Luna Russo l’indique pour souligner leur dimension construite, préférant ce terme à celui de recueil) dans le cadre de l’étude, sa démarche accorde toute son attention aux individus ainsi qu’à leur subjectivité pour analyser la manière dont les enquêté.e.s vivent les espaces de l’établissement et s’y font une place. Ce faisant et même si les EANA sont privilégiés par l’étude, l’auteure s’intéresse aussi à la documentation du vécu des acteurs institutionnels par des entretiens semi-directifs et, concernant les enseignants de classe ordinaire et d’UPE2A, par la réalisation de cartes mentales.  L’ensemble est d’autant plus convaincant que la proposition méthodologique est complétée par une analyse réflexive efficace du positionnement de la chercheuse qui l’amène à décrire précisément les limites du travail en livrant, aux lecteurs, toutes les informations utiles pour apprécier ses biais.

Dans la seconde partie, Luna Russo propose une analyse du contexte et des politiques institutionnelles relatives à la prise en charge des EANA aux échelles nationale, européenne (chapitre 3) puis académique (chapitre 4). En dressant le tableau de la situation à l’appui de différentes sources et d’indicateurs, ses développements lui permettent, tout en discutant de la pertinence des classifications en usage, de décrire la singularité de la situation française dans la prise en charge des élèves migrants : elle rend précisément compte de ses insuffisances (difficultés à atteindre les compétences scolaires attendues, taux d’abandon supérieurs à ceux des natifs formation, orientation supérieure des EANA vers les voies professionnelles, carences de la formation des personnels, manque de pilotage institutionnel…) au regard des objectifs affichés dans le cadre du paradigme de l’inclusion et comparativement à d’autres pays, tels la Belgique ou l’Allemagne, dans lesquels les personnes nées à l’étranger représentent pourtant une part supérieure. À l’instar de la première partie, le raisonnement de la chercheuse s’appuie ici sur une littérature abondante qu’elle mobilise efficacement pour mettre en perspective les données utilisées (OCDE…) et, finalement, pour contextualiser la situation académique des terrains choisis pour l’étude des pratiques et du vécu scolaire (en partant d’une étude réalisée dans le cadre d’un projet mené avec d’autres collègues universitaires, parmi lesquels l’une de ses directrices de recherche). Les nombreux témoignages et le recours à une typologie proposée par Maitena Armagnague s’avèrent par ailleurs adaptés pour caractériser, au regard des tensions éprouvées dans le cadre des dispositifs de terrain, une gestion « humanitaire d’urgence » (p. 172), ce qui fonde Mme Russo à penser que la situation pourrait bénéficier d’une plus grande anticipation des moyens.

La troisième partie restitue l’essentiel des données obtenues par Luna Russo dans le cadre des terrains investis dans le cadre de sa thèse, au-delà des projets sur lesquels elle a travaillé par ailleurs. Après un préambule méthodologique dont l’objet est de présenter les tenants et les aboutissants du cadre interprétatif adopté pour analyser les cartes mentales réalisées, Luna Russo expose ses conclusions relatives aux spatialités des EANA à l’échelle de l’établissement, au prisme de l’inclusion et de la marginalisation, puis elle se focalise sur l’espace classe. Succédant à la partie théorique et méthodologique, le premier point introduit des analyses croisées et permet à l’auteure de déployer une présentation quantitative du corpus de cartes mentales en mobilisant une typologie (échelle spatiale concernée, logique de composition des cartes…), la conduisant à questionner non seulement les compétences graphiques, le niveau de maîtrise de l’espace dessiné mais aussi les variables susceptibles d’influencer la production des cartes réalisées par les élèves allophones (âge, genre, etc.). Le chapitre 5 rend compte d’une étude des relations qu’entretiennent les ENEA aux places occupées dans l’espace de l’établissement scolaire, ainsi qu’aux relations développées avec les élèves scolarisées en classes ordinaires. La diversité du matériau convoqué (et dépeint p. 206) illustre la solidité des analyses sur lesquelles se fondent les conclusions de l’auteure, qui présente comment les ENEA pratiquent des lieux isolés, qu’ils peuvent s’approprier symboliquement. L’analyse des rapports de domination, saisissante concernant la maîtrise de la langue française ou les processus d’ethnicisation, ne masque pas l’hétérogénéité des situations (entre collèges ou entre élèves comme elle le montre en étudiant la situation des Ukrainiens dans les établissements) ; Luna Russo constate – et dénonce - ce faisant le rôle de l’institution dans les dynamiques d’inclusion mais aussi d’exclusion avant de montrer, dans le chapitre 6, que les représentations, les organisations et les pratiques de l’espace sont révélatrices d’une diversité de placements des élèves allophones. Les résultats différenciés, entre les établissements, traduisent la diversité des tensions qui traversent les rapports à l’œuvre entre l’action contrastée des élèves (selon leur profil) et la volonté plus ou moins grande de contrôle des enseignants pour favoriser le soutien mutuel, l’investissement, l’écoute, la différenciation ; et ce même si certains traits caractéristiques semblent apparaître lorsqu’on compare la situation des EANA par rapport aux classes ordinaires (les élèves les moins autonomes y sont davantage placés au premier rang, par notamment). Ainsi, c’est dans un jeu complexe de libertés, de contraintes et de régulations que les dispositifs prennent forme suivant les pédagogies mises en place en dépit des oppositions éventuelles de certain.e.s élèves, dont les logiques dépendent du rapport à l’institution mais aussi des liens entre pairs et des logiques individuelles (parcours migratoire, maîtrise de la langue, logique de fratrie, question de genre…) voire, parfois, des biais introduits par l’ethnicisation de la relation (racisme). En étudiant comment l’espace est vécu et perçu, dans le dernier chapitre, Luna Russo montre que le placement ou l’appropriation matérielle (et parfois exclusive) ou symbolique des espaces par les élèves allophones peut contribuer à leur investissement dans les situations pédagogiques, ainsi qu’à leur sécurisation affective. 

La thèse de Luna Russo représente un travail estimable sur un sujet particulièrement difficile et complexe, tant il suppose la création d’un lien délicat à établir avec les populations enquêtées et les multiples acteurs impliqués. L’étude des cartes mentales, des parcours commentés et des entretiens semi-directifs nous apprend beaucoup des spatialités des élèves allophones. 

CR de Guilhem Labinal, laboratoire EMA (CY Cergy Paris Université)

Merci à Luna Russo pour les précisions qu’elle m’a apportées dans le cadre de nos échanges.


samedi 1 novembre 2025

Les Inégalités scolaires à Mayotte et La Réunion : vers des pratiques éducatives plus équitables


Philippe Charpentier et Séverine Ferrière (2025). Les Inégalités scolaires à Mayotte et La Réunion : vers des pratiques éducatives plus équitables. Presses Universitaires Indianocéaniques, 282 pages (site de l'éditeur).

Si les enquêtes internationales confirment depuis des décennies le rôle déterminant du milieu socioéconomique dans la réussite scolaire, les inégalités territoriales apparaissent comme un facteur prééminent. C’est notamment le cas dans les territoires ultramarins, souvent marginalisés au niveau des politiques publiques, comme le soulignent de nombreux rapports institutionnels.

Cet ouvrage collectif, porté par plusieurs enseignants-chercheurs du laboratoire ICARE (Institut coopératif austral de recherche en éducation), à Mayotte et à La Réunion, propose une analyse des inégalités scolaires et d’apprentissage, en croisant des dimensions sociales, linguistiques, culturelles et territoriales. Il s’appuie sur des enquêtes de terrain qui mettent au jour les tensions entre prescriptions institutionnelles et réalités locales, tout en valorisant les initiatives pédagogiques et les ressources locales.

Les contributions qui composent cet ouvrage abordent, entre autres, les enjeux de la formation initiale et continue, la professionnalisation des enseignants, les pratiques langagières en contextes plurilingues, et la nécessaire contextualisation des supports et des pratiques éducatifs. En articulant les apports de la recherche et les voix d’acteurs de terrain, les auteurs offrent des pistes concrètes pour mieux comprendre les défis d’un système scolaire confronté à la diversité des contextes. Ils invitent également à interroger les normes, à reconnaître les compétences parfois invisibilisées, et à penser ces situations en marge comme des lieux et des situations d’innovation et de transformation. En ce sens, cet ouvrage s’adresse autant aux étudiants qu’aux chercheurs, formateurs et professionnels de l’éducation désireux de découvrir ces deux départements et leurs spécificités ainsi que des perspectives croisées en matière d’égalité éducative, afin d’aspirer à une école plus inclusive.

Sommaire (PDF)
Couverture et 4e de couverture (PDF)
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vendredi 17 octobre 2025

L’usage de l'IA générative : un révélateur des inégalités socio-scolaires ?

 

NAUDET, C. (2025). L’usage de l’intelligence artificielle générative au lycée : un révélateur des inégalités socio-scolaires ?, Distances et médiations des savoirs, 51. http://journals.openedition.org/dms/11781

À partir d’une enquête menée dans un lycée de la banlieue parisienne, cet article analyse les usages de l’intelligence artificielle générative (IAG) par les élèves et les inégalités qu’ils révèlent. L’étude combine un questionnaire (n = 664) et 26 entretiens semi-directifs. Elle montre que si l’IAG est largement utilisée, ses usages sont socialement différenciés. Trois profils d’élèves émergent : les « engagés réflexifs », les « occasionnels légalistes » et les « scolaires opportunistes ». Ces différences traduisent des rapports inégaux à l’école, aux normes implicites du travail scolaire, et aux outils numériques : certains élèves parviennent à inscrire l’IAG dans une logique d’apprentissage, quand d’autres l’utilisent comme un outil de réponse immédiate. L’originalité de cette étude réside dans la mise en regard d’un questionnaire exploratoire, qui documente la pénétration et la fréquence d’usage de l’IAG, et d’entretiens qualitatifs qui permettent de proposer une typologie des profils d’usagers. Ces deux volets, bien que différents, visent une même question de recherche : comprendre comment l’IAG s’installe dans les pratiques scolaires et avec quels effets différentiels selon les élèves.


lundi 6 octobre 2025

Expliciter en géographie. Pistes pour une géographie expérientielle

NAUDET, Cédric (2025). Expliciter en géographie. Pistes pour une géographie expérientielle. Rennes : Presses Universitaires de Rennes. 

Par Jean-François Thémines

« L’ouvrage écrit par Cédric Naudet, enseignant-chercheur à l’Université de Paris Est Créteil, est issu de la recherche doctorale qu’il a soutenue en 2022 à l’Université de Paris Cité. Le titre de l’ouvrage en dit l’ambition théorique et transformative. Au cœur de ce travail, il y a l’idée forte que l’accès des élèves aux savoirs structurants de la géographie scolaire est un enjeu essentiel pour former des citoyens enclins à la réflexion et en capacité d’agir... »

Pour en savoir plus, lire le CR de Jean-François Thémines dans la revue Spirale.

Dans ce numéro de Spirale consacré à l'hybridation des savoirs, on peut signaler également deux excellents articles en géographie de Benoit Bunnik et Thomas Julio Ekoto Abaayo & Christine Vergnolle :

  • BUNNIK, B. (2025). Les murs chancelants de la géographie à l’école primaire. Entre conformisme et créativité des enseignantes. Spirale - Revue de Recherches en Éducation, 2025/2 n° 76, p. 9-23.
  • EKOTO Abaayo, T. J., VERGNOLLE-MAINAR, C. (2025). Hybrider les savoirs pour travailler sur le paysage en sortie de terrain virtuelle, Spirale - Revue de Recherches en Éducation, 2025/2 n° 76, p. 45-57.

jeudi 2 octobre 2025

Nouvelle date de soumission du colloque international de didactique


La date limite de soumission du colloque internationale de didactique de l'histoire, de la géographie et de l'éducation à la citoyenneté a été repoussée au 15 octobre. Le colloque porte sur les "Approches critiques de l’enseignement de l’histoire, de la géographie et de l’éducation à la citoyenneté : enjeux éducatifs et didactiques" et aura lieu les 27 et 28 mai 2026 à Gennevilliers.

Profitez en pour saisir cette opportunité et soumettre une communication ou en poster !
En savoir plus ici.

vendredi 26 septembre 2025

La géohistoire dans les programmes scolaires du secondaire depuis 1995

Corentin Babin, « La géohistoire dans les programmes scolaires du secondaire depuis 1995 », Géocarrefour, 99/1 | 2025, http://journals.openedition.org/geocarrefour/25159

Dans cet article,  Corentin Babin présente la faible place de la géohistoire dans les programmes scolaires du secondaire (collège et lycée général) de 1995 à 2015 en France. Le renouveau scientifique des approches géohistoriques depuis le milieu des années 1990, n’a pas été traduit dans les programmes malgré plusieurs changements curriculaires sur cette période. Cet article se propose donc d’en comprendre les raisons. D’une part, en examinant les relations entre histoire et géographie dans les prescriptions. D’autre part, en se penchant sur la structure disciplinaire en vigueur.

Plan

1. La géohistoire : une approche particulière de l’Espace-Temps des sociétés

2. La géohistoire dans les programmes scolaires : une place réduite
A. Approche littérale et première analyse : la géohistoire, simple prétexte à la bivalence enseignante ?
B. De 1995 à 2015 : l’étude de répartition de la population en classe de sixième, un exemple de mise en place d’un raisonnement géohistorique

3. La géohistoire, (in)compatible avec l'histoire-géographie scolaire ? 
A. Les rapports entre histoire et géographie dans les programmes : une union superficielle
B. La géohistoire : un conflit d’usage (trans)disciplinaire ?
C. Les finalités : une lecture scolaire du monde qui n’est pas celle des géohistoires
D. La géohistoire incompatible avec le paradigme des disciplines scolaires ?

Conclusion


mercredi 10 septembre 2025

« Les nouveaux programmes de géographie renvoient à une vision binaire et hiérarchisée du monde »


Un collectif d’enseignants de géographie alerte, dans une tribune au « Monde », sur les manquements des nouveaux programmes scolaires, jugés obsolètes tant dans leur contenu scientifique que dans leur approche pédagogique.

Les nouveaux programmes scolaires réduisent la géographie à une discipline descriptive fondée sur des repères à mémoriser, véhiculant une vision imposée du monde au détriment de la formation d’une pensée autonome chez les élèves.

En primaire, le projet marque un retour à une géographie « inventaire du monde », tandis qu’au collège l’étude descriptive de trois continents fait figure d’héritage obsolète, aussi répétitif que lassant. Le texte insiste sur une transmission verticale, centrée sur la parole de l’enseignant et organisée par de grandes questions qui semblent avoir pour unique fonction de dérouler un contenu prédéterminé. Il néglige l’importance de la construction des savoirs par les élèves eux-mêmes, pour des apprentissages qui soient significatifs à leurs yeux tout en étant scientifiquement fondés. Répétées inlassablement, les listes de repères n’ont pas de lien avec le traitement des thèmes proposés. La liste hétéroclite de mots-clés à mémoriser comporte autant d’éléments de vocabulaire du quotidien que d’indicateurs, comme le PIB [produit intérieur brut] ou l’IDH [indice de développement humain], dont l’intérêt n’est pas questionné. Les outils de pensée de la discipline et les grands concepts géographiques sont, pour leur part, relégués au second plan, symptôme d’une certaine fragmentation des savoirs.

Marketing territorial

Le questionnement géographique est certes mentionné, mais sans explicitation des raisonnements qu’il induit. L’articulation des échelles et la prise en compte des acteurs sont discrètes. Les enseignements en classe de CM1 et de CM2 privilégient l’échelle mondiale, au détriment des pratiques spatiales locales, pourtant essentielles pour comprendre le territoire. Les savoirs d’expérience sont considérés « dans la mesure du possible », en dépit des recherches qui en montrent l’importance. Les démarches propres à la géographie ne sont guère précisées : on ne sait ni comment...

Signataires :

  • Corentin Babin, certifié, doctorant, ESO UMR 6590, université Caen Normandie
  • David Bédouret, Maître de conférences en géographie, INSPE Toulouse Occitanie-Pyrénées / UT2J, Directeur du Laboratoire Géode - UMR CNRS 5602
  • Céline Behr, agrégée et doctorante au LDAR, Université Paris Cité
  • Benoit Bunnik, agrégé, docteur en géographie, INSPE de Corse, laboratoire UMR 6240 Corte
  • Cyrille Chopin, agrégé et doctorant au LDAR, Université Paris Cité
  • Pierre Colin, Maître de conférences en sciences de l’éducation et de la formation, INSPÉ de l’académie de Versailles, Laboratoire ÉMA (École, Mutations, Apprentissages), CY Cergy Paris Université
  • Sylvie Considère, Maîtresse de conférences HDR didactique de la Géographie, INSPE Lille-Hauts-de-France, CIREL - Université de Lille
  • Karine Férol, agrégée et doctorante au LDAR, Université Paris Cité
  • Elsa Filâtre, Maîtresse de conférences en didactique de la géographie, INSPE Toulouse Occitanie-Pyrénées, GEODE UMR 5602, Co-directrice Mention 1
  • Sylvain Genevois, Maître de conférences en géographie, Université de la Réunion, Inspé, Institut Coopératif Austral de Recherche en Éducation (ICARE)
  • Patricia Grondin, certifiée et doctorante à Institut Coopératif Austral de Recherche en Éducation (ICARE), formatrice, Université de la Réunion, Inspé
  • Magali Hardouin, Maîtresse de Conférences Hors Classe - HDR à l’Université de Bretagne Occidentale (UBO)/INSPE de Bretagne, Chercheure UMR CNRS 6590 - Espaces et sociétés (ESO) - Université Rennes 2
  • Frédérique Jacob, Maître de conférences en Géographie, Université de Lille, ULR 4354, CIREL - INSPE - Lille Hauts de France
  • Guilhem Labinal, Maître de conférences HDR, INSPÉ de l’académie de Versailles, Laboratoire ÉMA (École, Mutations, Apprentissages), CY Cergy Paris Université, Chercheur associé à l’UMR 8504 Géographie-cités, CNRS (E.H.GO)
  • Aurore Lecomte, maîtresse de conférences en didactique de la géographie, laboratoire ACTé, Inspé, Université Clermont- Auvergne
  • Caroline Leininger-Frézal, professeure des universités, LDAR, Université Paris Cité
  • Julie Maurice, certifiée et doctorante au LDAR, Université Paris Cité
  • Cédric Naudet, Maître de conférences en sciences de l’éducation et de la formation, CIRCEF-ESCOL, Université Paris-Est Créteil, Inspé.
  • Eliane Perrin, docteure en géographie, chercheuse associée au LDAR, Université Paris Cité
  • Jean-François Thémines, professeur des universités en géographie, Université de Caen Normandie, INSPE Normandie Caen - Espaces et Sociétés (ESO) UMR 6590.


mercredi 2 juillet 2025

Postdoc EDD à l'université


L'Université Paris Cité recrute un post doctorat sur l'éducation au développement durable à l'université Paris Cité dans le cadre de la chaire EDDU (https://fire-up.u-paris.fr/recherche/).

Description du poste et modalités de recrutement

Pour plus de détail, contacter : caroline.leininger-frezal[at]u-paris.fr

dimanche 22 juin 2025

La géographie comme discipline d'expérience (Sylvie Considère)

Sylvie Considère, maîtresse de conférences HDR en didactique de la géographie au laboratoire CIREL de l'Université de Lille, propose des pistes pour rapprocher la géographie des savoirs d'expérience dans deux épisodes de PUZZLES, l'émission de l'INSPE de Lille sur les questions vives en éducation abordées au travers de différents travaux et disciplines de recherche :

La géographie se cache dans notre quotidien sans que nous y pensions : dans nos trajets quotidiens, dans l'utilisation des cartes interactives et des applications de géolocalisation pour trouver notre chemin, dans la façon dont on vit au sein de notre quartier, dans nos voyages, dans nos choix de mobilité ou encore dans nos discussions sur le changement climatique. Nous avons toutes et tous une expérience personnelle de la géographie. Nous avons vu dans l'épisode précédent tout l'intérêt d'une démarche d'enseignement de la géographie reposant sur cette expérience des élèves et l'importance de cette mise en récit pour les échanges oraux en classe. Cette démarche demande une approche différente et de nouvelles façons de faire pour l'enseignant. Comment observe-t-on cette approche ? Quels résultats obtient-on ? Comment peut-on les transférer en classe ? 

Avec ses cartes, ses schémas, ses tableaux, la géographie vise à nous permettre de comprendre le monde qui nous entoure. Mais nous sommes nombreuses et nombreux à pourtant avoir des difficultés à nous approprier ce que la géographie apporte. On se souvient toutes et tous, ou presque, d'une leçon de géographie qui nous a semblé lointaine et déconnectée de nous, de notre environnement, de notre réalité et de notre vécu. Alors, comment un lien peut-il être tissé entre la géographie et nous ? Comment peut-on penser différemment l'enseignement de la géographie pour la rapprocher de nous, et lui permettre ainsi de prendre sens ? Ce sont ces questionnements que nous évoquons dans cet épisode de PUZZLES avec Sylvie Considère, maîtresse de conférences HDR en didactique de la géographie au laboratoire CIREL de l'Université de Lille et enseignante à l'INSPÉ Lille HdF sur le site de Villeneuve d'Ascq. Retrouvez toutes les ressources citées dans cet épisode sur www.inspe-lille-hdf.fr, rubrique "Recherche".


Rapports au monde des lycéennes et lycéens professionnels du coin

Pierre Colin, « Rapports au monde des lycéennes et lycéens professionnels du coin », Géographie et cultures, 124 | 2025, 81-100. https://journals.openedition.org/gc/22056

Cet article veut explorer les rapports au monde des élèves de lycée professionnel via leurs caractéristiques sociales spécifiques et de leurs parcours scolaires distinctifs qui con­tribuent à façonner leur vision du monde. Le lycée professionnel et sa population occupent une place particulière dans le système scolaire français ; il est majoritairement fréquenté par des « filles et des gars du coin » issus des classes populaires. L’ancrage local des élèves de lycée professionnel joue un rôle important dans la construction de leurs rapports au monde. Ils appréhendent le monde à partir de leur propre expérience et de leurs interactions avec leurs espaces vécus. Ces rapports au monde sont appréhendés ici au prisme du concept de géographicité qui semble éclairer les relations qu’entretiennent les élèves avec l’espace. Cette géographicité est interrogée à partir d’indicateurs spatiaux présents dans les discours des élèves. Pour finir, cet article questionne les rapports au monde induits par un objet géogra­phique particulier : les frontières.

Grille de lecture de la géographicité (Collin, 2020)



lundi 9 juin 2025

Colloque international de didactique d'histoire, de géographie et de l'éducation à la citoyenneté 27 et 28 mai 2026

Le prochain colloque International de Didactique de l'Histoire, de la Géographie et de l'Éducation à la Citoyenneté, se tiendra les 27 et 28 mai 2026 à Gennevilliers et sera dédié aux

Approches critiques de l’enseignement de l’histoire, de la géographie et de l’éducation à la citoyenneté : enjeux éducatifs et didactiques

Ce colloque est l'opportunité pour les chercheurs, enseignants et professionnels de partager leurs travaux et innovations en didactique de l'histoire, de la géographie et de l'éducation à la citoyenneté. Nous vous invitons à soumettre vos communications avant le 30/09/2025.

Pour plus d'informations et pour soumettre votre proposition, veuillez visiter notre site web : https://cidhgec.sciencesconf.org/resource/page/id/2


        Crédits : Photo de Claudio Schwarz sur Unsplash


dimanche 1 juin 2025

Un état des lieux des recherches sur les espaces d’apprentissage universitaires

Dans la revue Recherches en éducation (n°59, 2025), Jean-François Thémines et Claire Saint Martin dressent un état des lieux des espaces d'apprentissage universitaires du point de vue de la recherche et à partir du triplet conceptuel d’Henri Lefebvre : espace perçu - espace conçu - espace vécu. Comment la conception des espaces universitaires pèse-t-elle sur les pratiques qu’en ont les étudiants ? À quelles conditions peut-on parler de leur appropriation comme espaces d’apprentissage par les étudiants ? Quels repères conceptuels et pragmatiques sont proposés pour des espaces qui soutiennent le processus de transformation sociale que l’on peut attendre de l’Université ? Ils examinent ces questions à partir de la dialectique politiques/production des espaces d’apprentissage universitaires, des façons dont ces espaces sont appropriés, des liens entre espaces et apprentissages.


Jean-François Thémines et Claire Saint Martin (de), « Un état des lieux des recherches sur les espaces d’apprentissage universitaires », Recherches en éducation, 59 | 2025, URL : http://journals.openedition.org/ree/13684


vendredi 2 mai 2025

Se former en didactique de l'histoire et de la géographie

 Découvrez le Master Didactique en Histoire-Géographie à l'Université Paris Cité !

Vous êtes enseignant(e) en histoire-géographie et souhaitez approfondir vos compétences didactiques, développer une pratique réflexive, ou vous préparer à devenir formateur(trice) ? Notre Master Didactique est fait pour vous !

Pourquoi choisir notre Master ?
✅ Flexibilité : Cours le mercredi en format hybride, permettant de concilier formation et emploi du temps professionnel.
✅ Rythme adapté : Possibilité de réaliser le M2 sur deux ans.
✅ Expertise reconnue : Le master est rattaché au Laboratoire de Didactique André Revuz.
✅ Opportunités : Préparez-vous à de nouveaux défis professionnels ou à la poursuite d'une thèse.
Intéressé(e) ?
Consultez notre plaquette pour plus d'informations et n'hésitez pas à me contacter pour toute question. La plaquette est disponible ici : https://lnkd.in/eDFWFmfS

Une réunion d'information est organisée le 28 mai à 14h au lien suivant : https://lnkd.in/eXvUJq-t

hashtag

jeudi 3 avril 2025

Ressources pour enseigner les risques

 Présentation du livret d'activité CRISEPAC : sensibiliser les élèves du primaire aux risques

Dans le cadre du projet CRISEPAC (https://www.crisepac.eu/), un livret d'activités a été réalisé pour sensibiliser les élèves du primaire aux risques naturels. Cet outil éducatif attrayant combine des activités ludiques et des leçons importantes sur les risques naturels aggravés par le changement climatique, tels que les inondations.

Le livret propose une variété de jeux, de puzzles et de quiz qui encouragent les enfants à explorer et à comprendre l'impact du changement climatique sur leur environnement. En participant à ces activités, les élèves développeront des connaissances et un sens des responsabilités envers leur communauté.

Les enseignants peuvent facilement intégrer le livret de jeux dans leur programme, en facilitant les discussions et les expériences d'apprentissage pratiques. Le livret est  promeut une approche transversale de l'éducation au développement durable.

 Le livret de jeu CRISEPAC est une étape vers l'autonomisation des jeunes esprits pour qu'ils s'engagent et répondent aux préoccupations environnementales urgentes de notre époque.

Pour plus d'informations et pour accéder au livret, veuillez visiter notre site web : https://www.crisepac.eu/





MOOC pour enseigner les risques naturels liés au changement global


Découvrez le MOOC CRISEPAC ! 


Vous êtes enseignant ou professionnel de l'éducation ? Le projet CRISEPAC vous propose un MOOC gratuit et intuitif pour enseigner les risques naturels en Europe !
https://mooc-crisepac.eu/

Ce que vous y trouverez :

9 modules interactifs couvrant des thèmes essentiels tels que la mémoire des risques, la typologie des risques, et la préparation aux catastrophes.
Des vidéos éducatives pour approfondir vos connaissances.
Des outils pédagogiques innovants pour sensibiliser les jeunes aux enjeux climatiques.

Pourquoi participer ?

Renforcez vos compétences en gestion des risques naturels.
Intégrez des approches interdisciplinaires dans vos cours.
Faites partie d'un réseau d'experts et d'enseignants engagés dans la prévention des risques.
Rejoignez-nous et préparons ensemble les générations futures à faire face aux défis climatiques !