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DE LA RECHERCHE A LA FORMATION

Nous avons créé ce blog dans l'intention de faire connaître les travaux de recherche en didactique de la géographie. Notre objectif est également de participer au renouveau de cette discipline, du point de vue de ses méthodes, de ses contenus et de ses outils. Plus globalement nous espérons que ce site permettra d'alimenter les débats et les réflexions sur l'enseignement de l'histoire-géographie, de l'école à l'université. (voir notre manifeste)

vendredi 26 septembre 2025

La géohistoire dans les programmes scolaires du secondaire depuis 1995

Corentin Babin, « La géohistoire dans les programmes scolaires du secondaire depuis 1995 », Géocarrefour, 99/1 | 2025, http://journals.openedition.org/geocarrefour/25159

Dans cet article,  Corentin Babin présente la faible place de la géohistoire dans les programmes scolaires du secondaire (collège et lycée général) de 1995 à 2015 en France. Le renouveau scientifique des approches géohistoriques depuis le milieu des années 1990, n’a pas été traduit dans les programmes malgré plusieurs changements curriculaires sur cette période. Cet article se propose donc d’en comprendre les raisons. D’une part, en examinant les relations entre histoire et géographie dans les prescriptions. D’autre part, en se penchant sur la structure disciplinaire en vigueur.

Plan

1. La géohistoire : une approche particulière de l’Espace-Temps des sociétés

2. La géohistoire dans les programmes scolaires : une place réduite
A. Approche littérale et première analyse : la géohistoire, simple prétexte à la bivalence enseignante ?
B. De 1995 à 2015 : l’étude de répartition de la population en classe de sixième, un exemple de mise en place d’un raisonnement géohistorique

3. La géohistoire, (in)compatible avec l'histoire-géographie scolaire ? 
A. Les rapports entre histoire et géographie dans les programmes : une union superficielle
B. La géohistoire : un conflit d’usage (trans)disciplinaire ?
C. Les finalités : une lecture scolaire du monde qui n’est pas celle des géohistoires
D. La géohistoire incompatible avec le paradigme des disciplines scolaires ?

Conclusion


mercredi 10 septembre 2025

« Les nouveaux programmes de géographie renvoient à une vision binaire et hiérarchisée du monde »


Un collectif d’enseignants de géographie alerte, dans une tribune au « Monde », sur les manquements des nouveaux programmes scolaires, jugés obsolètes tant dans leur contenu scientifique que dans leur approche pédagogique.

Les nouveaux programmes scolaires réduisent la géographie à une discipline descriptive fondée sur des repères à mémoriser, véhiculant une vision imposée du monde au détriment de la formation d’une pensée autonome chez les élèves.

En primaire, le projet marque un retour à une géographie « inventaire du monde », tandis qu’au collège l’étude descriptive de trois continents fait figure d’héritage obsolète, aussi répétitif que lassant. Le texte insiste sur une transmission verticale, centrée sur la parole de l’enseignant et organisée par de grandes questions qui semblent avoir pour unique fonction de dérouler un contenu prédéterminé. Il néglige l’importance de la construction des savoirs par les élèves eux-mêmes, pour des apprentissages qui soient significatifs à leurs yeux tout en étant scientifiquement fondés. Répétées inlassablement, les listes de repères n’ont pas de lien avec le traitement des thèmes proposés. La liste hétéroclite de mots-clés à mémoriser comporte autant d’éléments de vocabulaire du quotidien que d’indicateurs, comme le PIB [produit intérieur brut] ou l’IDH [indice de développement humain], dont l’intérêt n’est pas questionné. Les outils de pensée de la discipline et les grands concepts géographiques sont, pour leur part, relégués au second plan, symptôme d’une certaine fragmentation des savoirs.

Marketing territorial

Le questionnement géographique est certes mentionné, mais sans explicitation des raisonnements qu’il induit. L’articulation des échelles et la prise en compte des acteurs sont discrètes. Les enseignements en classe de CM1 et de CM2 privilégient l’échelle mondiale, au détriment des pratiques spatiales locales, pourtant essentielles pour comprendre le territoire. Les savoirs d’expérience sont considérés « dans la mesure du possible », en dépit des recherches qui en montrent l’importance. Les démarches propres à la géographie ne sont guère précisées : on ne sait ni comment...

Signataires :

  • Corentin Babin, certifié, doctorant, ESO UMR 6590, université Caen Normandie
  • David Bédouret, Maître de conférences en géographie, INSPE Toulouse Occitanie-Pyrénées / UT2J, Directeur du Laboratoire Géode - UMR CNRS 5602
  • Céline Behr, agrégée et doctorante au LDAR, Université Paris Cité
  • Benoit Bunnik, agrégé, docteur en géographie, INSPE de Corse, laboratoire UMR 6240 Corte
  • Cyrille Chopin, agrégé et doctorant au LDAR, Université Paris Cité
  • Pierre Colin, Maître de conférences en sciences de l’éducation et de la formation, INSPÉ de l’académie de Versailles, Laboratoire ÉMA (École, Mutations, Apprentissages), CY Cergy Paris Université
  • Sylvie Considère, Maîtresse de conférences HDR didactique de la Géographie, INSPE Lille-Hauts-de-France, CIREL - Université de Lille
  • Karine Férol, agrégée et doctorante au LDAR, Université Paris Cité
  • Elsa Filâtre, Maîtresse de conférences en didactique de la géographie, INSPE Toulouse Occitanie-Pyrénées, GEODE UMR 5602, Co-directrice Mention 1
  • Sylvain Genevois, Maître de conférences en géographie, Université de la Réunion, Inspé, Institut Coopératif Austral de Recherche en Éducation (ICARE)
  • Patricia Grondin, certifiée et doctorante à Institut Coopératif Austral de Recherche en Éducation (ICARE), formatrice, Université de la Réunion, Inspé
  • Magali Hardouin, Maîtresse de Conférences Hors Classe - HDR à l’Université de Bretagne Occidentale (UBO)/INSPE de Bretagne, Chercheure UMR CNRS 6590 - Espaces et sociétés (ESO) - Université Rennes 2
  • Frédérique Jacob, Maître de conférences en Géographie, Université de Lille, ULR 4354, CIREL - INSPE - Lille Hauts de France
  • Guilhem Labinal, Maître de conférences HDR, INSPÉ de l’académie de Versailles, Laboratoire ÉMA (École, Mutations, Apprentissages), CY Cergy Paris Université, Chercheur associé à l’UMR 8504 Géographie-cités, CNRS (E.H.GO)
  • Aurore Lecomte, maîtresse de conférences en didactique de la géographie, laboratoire ACTé, Inspé, Université Clermont- Auvergne
  • Caroline Leininger-Frézal, professeure des universités, LDAR, Université Paris Cité
  • Julie Maurice, certifiée et doctorante au LDAR, Université Paris Cité
  • Cédric Naudet, Maître de conférences en sciences de l’éducation et de la formation, CIRCEF-ESCOL, Université Paris-Est Créteil, Inspé.
  • Eliane Perrin, docteure en géographie, chercheuse associée au LDAR, Université Paris Cité
  • Jean-François Thémines, professeur des universités en géographie, Université de Caen Normandie, INSPE Normandie Caen - Espaces et Sociétés (ESO) UMR 6590.


mercredi 2 juillet 2025

Postdoc EDD à l'université


L'Université Paris Cité recrute un post doctorat sur l'éducation au développement durable à l'université Paris Cité dans le cadre de la chaire EDDU (https://fire-up.u-paris.fr/recherche/).

Description du poste et modalités de recrutement

Pour plus de détail, contacter : caroline.leininger-frezal[at]u-paris.fr

dimanche 22 juin 2025

La géographie comme discipline d'expérience (Sylvie Considère)

Sylvie Considère, maîtresse de conférences HDR en didactique de la géographie au laboratoire CIREL de l'Université de Lille, propose des pistes pour rapprocher la géographie des savoirs d'expérience dans deux épisodes de PUZZLES, l'émission de l'INSPE de Lille sur les questions vives en éducation abordées au travers de différents travaux et disciplines de recherche :

La géographie se cache dans notre quotidien sans que nous y pensions : dans nos trajets quotidiens, dans l'utilisation des cartes interactives et des applications de géolocalisation pour trouver notre chemin, dans la façon dont on vit au sein de notre quartier, dans nos voyages, dans nos choix de mobilité ou encore dans nos discussions sur le changement climatique. Nous avons toutes et tous une expérience personnelle de la géographie. Nous avons vu dans l'épisode précédent tout l'intérêt d'une démarche d'enseignement de la géographie reposant sur cette expérience des élèves et l'importance de cette mise en récit pour les échanges oraux en classe. Cette démarche demande une approche différente et de nouvelles façons de faire pour l'enseignant. Comment observe-t-on cette approche ? Quels résultats obtient-on ? Comment peut-on les transférer en classe ? 

Avec ses cartes, ses schémas, ses tableaux, la géographie vise à nous permettre de comprendre le monde qui nous entoure. Mais nous sommes nombreuses et nombreux à pourtant avoir des difficultés à nous approprier ce que la géographie apporte. On se souvient toutes et tous, ou presque, d'une leçon de géographie qui nous a semblé lointaine et déconnectée de nous, de notre environnement, de notre réalité et de notre vécu. Alors, comment un lien peut-il être tissé entre la géographie et nous ? Comment peut-on penser différemment l'enseignement de la géographie pour la rapprocher de nous, et lui permettre ainsi de prendre sens ? Ce sont ces questionnements que nous évoquons dans cet épisode de PUZZLES avec Sylvie Considère, maîtresse de conférences HDR en didactique de la géographie au laboratoire CIREL de l'Université de Lille et enseignante à l'INSPÉ Lille HdF sur le site de Villeneuve d'Ascq. Retrouvez toutes les ressources citées dans cet épisode sur www.inspe-lille-hdf.fr, rubrique "Recherche".


Rapports au monde des lycéennes et lycéens professionnels du coin

Pierre Colin, « Rapports au monde des lycéennes et lycéens professionnels du coin », Géographie et cultures, 124 | 2025, 81-100. https://journals.openedition.org/gc/22056

Cet article veut explorer les rapports au monde des élèves de lycée professionnel via leurs caractéristiques sociales spécifiques et de leurs parcours scolaires distinctifs qui con­tribuent à façonner leur vision du monde. Le lycée professionnel et sa population occupent une place particulière dans le système scolaire français ; il est majoritairement fréquenté par des « filles et des gars du coin » issus des classes populaires. L’ancrage local des élèves de lycée professionnel joue un rôle important dans la construction de leurs rapports au monde. Ils appréhendent le monde à partir de leur propre expérience et de leurs interactions avec leurs espaces vécus. Ces rapports au monde sont appréhendés ici au prisme du concept de géographicité qui semble éclairer les relations qu’entretiennent les élèves avec l’espace. Cette géographicité est interrogée à partir d’indicateurs spatiaux présents dans les discours des élèves. Pour finir, cet article questionne les rapports au monde induits par un objet géogra­phique particulier : les frontières.

Grille de lecture de la géographicité (Collin, 2020)



lundi 9 juin 2025

Colloque international de didactique d'histoire, de géographie et de l'éducation à la citoyenneté 27 et 28 mai 2026

Le prochain colloque International de Didactique de l'Histoire, de la Géographie et de l'Éducation à la Citoyenneté, se tiendra les 27 et 28 mai 2026 à Gennevilliers et sera dédié aux

Approches critiques de l’enseignement de l’histoire, de la géographie et de l’éducation à la citoyenneté : enjeux éducatifs et didactiques

Ce colloque est l'opportunité pour les chercheurs, enseignants et professionnels de partager leurs travaux et innovations en didactique de l'histoire, de la géographie et de l'éducation à la citoyenneté. Nous vous invitons à soumettre vos communications avant le 30/09/2025.

Pour plus d'informations et pour soumettre votre proposition, veuillez visiter notre site web : https://cidhgec.sciencesconf.org/resource/page/id/2


        Crédits : Photo de Claudio Schwarz sur Unsplash


dimanche 1 juin 2025

Un état des lieux des recherches sur les espaces d’apprentissage universitaires

Dans la revue Recherches en éducation (n°59, 2025), Jean-François Thémines et Claire Saint Martin dressent un état des lieux des espaces d'apprentissage universitaires du point de vue de la recherche et à partir du triplet conceptuel d’Henri Lefebvre : espace perçu - espace conçu - espace vécu. Comment la conception des espaces universitaires pèse-t-elle sur les pratiques qu’en ont les étudiants ? À quelles conditions peut-on parler de leur appropriation comme espaces d’apprentissage par les étudiants ? Quels repères conceptuels et pragmatiques sont proposés pour des espaces qui soutiennent le processus de transformation sociale que l’on peut attendre de l’Université ? Ils examinent ces questions à partir de la dialectique politiques/production des espaces d’apprentissage universitaires, des façons dont ces espaces sont appropriés, des liens entre espaces et apprentissages.


Jean-François Thémines et Claire Saint Martin (de), « Un état des lieux des recherches sur les espaces d’apprentissage universitaires », Recherches en éducation, 59 | 2025, URL : http://journals.openedition.org/ree/13684


vendredi 2 mai 2025

Se former en didactique de l'histoire et de la géographie

 Découvrez le Master Didactique en Histoire-Géographie à l'Université Paris Cité !

Vous êtes enseignant(e) en histoire-géographie et souhaitez approfondir vos compétences didactiques, développer une pratique réflexive, ou vous préparer à devenir formateur(trice) ? Notre Master Didactique est fait pour vous !

Pourquoi choisir notre Master ?
✅ Flexibilité : Cours le mercredi en format hybride, permettant de concilier formation et emploi du temps professionnel.
✅ Rythme adapté : Possibilité de réaliser le M2 sur deux ans.
✅ Expertise reconnue : Le master est rattaché au Laboratoire de Didactique André Revuz.
✅ Opportunités : Préparez-vous à de nouveaux défis professionnels ou à la poursuite d'une thèse.
Intéressé(e) ?
Consultez notre plaquette pour plus d'informations et n'hésitez pas à me contacter pour toute question. La plaquette est disponible ici : https://lnkd.in/eDFWFmfS

Une réunion d'information est organisée le 28 mai à 14h au lien suivant : https://lnkd.in/eXvUJq-t

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jeudi 3 avril 2025

Ressources pour enseigner les risques

 Présentation du livret d'activité CRISEPAC : sensibiliser les élèves du primaire aux risques

Dans le cadre du projet CRISEPAC (https://www.crisepac.eu/), un livret d'activités a été réalisé pour sensibiliser les élèves du primaire aux risques naturels. Cet outil éducatif attrayant combine des activités ludiques et des leçons importantes sur les risques naturels aggravés par le changement climatique, tels que les inondations.

Le livret propose une variété de jeux, de puzzles et de quiz qui encouragent les enfants à explorer et à comprendre l'impact du changement climatique sur leur environnement. En participant à ces activités, les élèves développeront des connaissances et un sens des responsabilités envers leur communauté.

Les enseignants peuvent facilement intégrer le livret de jeux dans leur programme, en facilitant les discussions et les expériences d'apprentissage pratiques. Le livret est  promeut une approche transversale de l'éducation au développement durable.

 Le livret de jeu CRISEPAC est une étape vers l'autonomisation des jeunes esprits pour qu'ils s'engagent et répondent aux préoccupations environnementales urgentes de notre époque.

Pour plus d'informations et pour accéder au livret, veuillez visiter notre site web : https://www.crisepac.eu/





MOOC pour enseigner les risques naturels liés au changement global


Découvrez le MOOC CRISEPAC ! 


Vous êtes enseignant ou professionnel de l'éducation ? Le projet CRISEPAC vous propose un MOOC gratuit et intuitif pour enseigner les risques naturels en Europe !
https://mooc-crisepac.eu/

Ce que vous y trouverez :

9 modules interactifs couvrant des thèmes essentiels tels que la mémoire des risques, la typologie des risques, et la préparation aux catastrophes.
Des vidéos éducatives pour approfondir vos connaissances.
Des outils pédagogiques innovants pour sensibiliser les jeunes aux enjeux climatiques.

Pourquoi participer ?

Renforcez vos compétences en gestion des risques naturels.
Intégrez des approches interdisciplinaires dans vos cours.
Faites partie d'un réseau d'experts et d'enseignants engagés dans la prévention des risques.
Rejoignez-nous et préparons ensemble les générations futures à faire face aux défis climatiques !

jeudi 6 mars 2025

Actes du Colloque international de didactique de l'histoire, de la géographie et de l'éducation à la citoyenneté (Nantes, 12-14 mars 2024)


Le Colloque international de didactique de l'histoire, de la géographie et de l'éducation à la citoyenneté s'est déroulé du 12 au 14 mars 2024 à Nantes. Ce colloque était organisé par l’Inspé (Institut national supérieur du professorat et de l’éducation) de Nantes Université, et l’équipe SAVE (Savoirs, apprentissages, valeurs en éducation) du CREN (Centre de recherche en éducation de Nantes) autour du thème "Unité et diversité des approches empiriques et théoriques des recherches en didactiques de l’histoire, de la géographie et de l’éducation à la citoyenneté". 

Pour accéder à la publication des actes du colloque sur HAL  :

Lucie Gomes, Cédric Naudet (2025). Unité et diversité des approches empiriques et théoriques des recherches dans les didactiques (histoire, géographie et l’éducation à la citoyenneté). CIDEGEC24 Colloque international des didactiques, de l'histoire, de la géographie et de l'éducation à la citoyenneté, Nantes, Mars 2024. https://hal.science/CIDHGEC24/hal-04967468v1




jeudi 6 février 2025

Forum des enseignants "Géographie expérientielle"


Venez  découvrir la géographie expérientielle et ses nouveaux outils lors du : 

Forum enseignant participatif 

Mercredi 5 Mars 2025 de 14h à 17h,

Université Paris cité
Salle 2016, bâtiment Sophie Germain
8 place Aurélie Nemours, 75013 Paris


La formation a lieu en présentiel et en distanciel. Les participants recevront le lien de connexion après inscription.

Inscription obligatoire : https://framaforms.org/inscription-au-forum-enseignant-pensee-spatiale-1738857377

Programme prévisionnel

13h45 : accueil café

14-15h : actualité du groupe : nouvelles vidéos, nouveaux scénarios : géographie expérientielle et intelligence artificielle

15h-15h30 : pause café et discussions informelles

15h30-16h30 : expérimentation d’un outil : la fresque des concepts et notions de la géographie)

16h30-17h : discussions et perspectives

Pour venir : RER C ou métro 14, arrêt Bibliothèque François Mitterrand

lundi 3 février 2025

Comment la géographie scolaire construit un récit territorial

A LIRE : un article de Caroline Leininger et Karine Férol :

"Comment la géographie scolaire construit un récit territorial" (The Conversation)

En effet, le roman national a un équivalent géographique, le « récit territorial ». C’est l’un des clichés que propose de déconstruire l’ouvrage "Neuf idées reçues sur l’enseignement de la géographie" publié en octobre 2024. 

Souvent abordée par les collégiens et les lycéens comme une matière neutre, annexe de l’histoire, la géographie concentre beaucoup plus d’enjeux qu’on ne le dit souvent. Marquée par des discours idéologiques, elle participe aussi d’une éducation citoyenne.


lundi 13 janvier 2025

La contextualisation de l’échelon de proximité : le cas d’un sujet de géographie au concours de recrutement de professeurs des écoles


Leroux, Xavier (2024). La contextualisation de l’échelon de proximité : le cas d’un sujet de géographie au concours de recrutement de professeurs des écoles. GéoProximités - GPS Revue de géographie et de sciences sociales, décembre 2024. https://geoproximites.fr/ark:/84480/2024/12/23/rp-al8/

Document extrait du sujet de géographie CRPE analysé

Résumé :  A partir d’un exemple de sujet de géographie tombé au concours de recrutement de professeur des écoles, l’article s’interroge sur la question de la contextualisation de l’échelle de la proximité. Il présente le champ théorique associé et les résultats d’une investigation croisant quatre sources : le rapport du jury de l’épreuve, les corrections possibles de ce sujet par des ouvrages de préparation au concours, le regard d’enseignants en activité, le témoignage d’un formateur disciplinaire.

Mots-clés :  contextualisation – échelle locale – concours de recrutement – enseignement primaire – didactique de la géographie

Extrait de la conclusion :

« ... au-delà de situations d’enseignement-apprentissage à imaginer donc et pour resserrer sur la géographie en tant que telle, je pose l’hypothèse que des supports plus « neutres » que des photographies ou tout autre document éclairant de manière nette le contexte pourrait, dans certains cas, permettre une meilleure appréhension du contexte local pour qui n’en est pas originaire (et c’est assez souvent le cas chez les enseignants débutants qui, n’ayant pas de barème suffisant pour prétendre à exercer proche de chez eux, officient dans des territoires dont ils ne sont pas familiers). Aller vers davantage de « modélisation » permettrait de rendre hommage à une géographie plus nomothétique et moins idiographique et d’atteindre un certain degré de « généricité » et pratiquer une didactique « tout terrain » et pas forcément « adressée » pour reprendre les termes éclairants de Genevois et Fageol (op cit). Dit autrement, est-ce que l’on se ferait une meilleure idée de l’espace de la proximité au travers d’une comparaison de la différence par des supports illustratifs clairement contextualisés (photographies, cartes, témoignages…) ou alors à partir de schémas suffisamment génériques pour fonctionner quel que soit le contexte ? A ce titre, j’avais émis quelques propositions dans le cadre d’un ouvrage scolaire CM1 publié chez Accès Editions en 2011 dans la partie correspondant aux « réalités locales » (programmes précédents datant de 2008) où il était question, lors d’une séquence dédiée, de travailler notamment sur la distance domicile-école et l’itinéraire domicile-école au travers d’un cadre fonctionnant quel que soit le contexte d’exercice ».

Article disponible en ligne


lundi 16 décembre 2024

Enseigner les risques à l'école primaire


CRISEPAC est un projet ERASMUS+ mené par l’association Ecocène. Le projet développe une campagne de formation pour aider les enseignants à enseigner les risques naturels.

Le CRISEPAC se concentre sur des outils pédagogiques innovants et transversaux pour aider les enfants à mieux comprendre ces enjeux. Enfin, il met l’accent sur les questions climatiques locales, en renforçant le rôle des communautés dans la prévention des risques par l’éducation et la formation des jeunes et des adultes.

Dans le cadre de ce projet, trois cartes interactives ont été conçues pour aider les enseignants du primaire à comprendre et à enseigner les risques liés au changement climatique. Ces cartes interactives se concentrent sur les risques naturels intensifiés par le réchauffement climatique, tels que les inondations, les incendies de forêt, les tempêtes et les inondations côtières.

Les cartes de CRISEPAC sont les suivantes « Changement climatique et risques naturels en Europe », “Incendies de forêt en Europe” et “Inondations et tempêtes en Europe”.



Ces outils offrent aux enseignants et aux élèves un moyen dynamique et visuel d’explorer l’impact du changement climatique en Europe, rendant ainsi des sujets complexes plus accessibles. En introduisant des données réelles dans les salles de classe, ils améliorent la compréhension et permettent aux jeunes de s’impliquer dans les défis climatiques locaux.

Comment enseigner les risques naturels à partir des catastrophes historiques ?

Colloque "Autour de l'aïgat de juin 1875 dans le sud-ouest de la France : quels apports des grandes crues passés à la gestion actuelle des risques ? "

Toulouse, 23 au 25 juin 2025

L'enseignement des risques dans le premier et le second degré est un des aspects traités par ce colloque. 
Les séances thématiques sur les risques visent à comprendre la production des risques et de la vulnérabilité, ainsi que de l’éducation aux risques majeurs, destinée à former des citoyens capables de réagir en cas de menace. 

Dans quelle mesure ce double enseignement peut-il s’appuyer sur les crues remarquables ? 

Comment sont mobilisées ou peuvent être mobilisées les catastrophes de forte intensité dans l’enseignement des risques ? 

Les manuels, pour être attractifs, mobilisent prioritairement les catastrophes les plus récentes mais l’étude en enseignement de spécialité histoire - géographie - géopolitique des changements climatiques implique un recul historique qui peut amener à prendre en compte des catastrophes passées.

En savoir plus sur le colloque : https://aigat1875.sciencesconf.org/

Questionner son territoire : regards didactiques

Un numéro spécial de la revue Sud-ouest européen intitulé "Questionner son territoire : regards didactiques" vient d'être publié. 

Ce dossier thématique vient confirmer que la géographie est multiple car il met un coup de projecteur sur un de ses champs de recherches encore peu connu : la didactique.
Cette dernière analyse les disciplines scolaires, et ici tout particulièrement la géographie scolaire, soit la géographie enseignée à l ’ école primaire, au collège et au lycée.

Les différents articles présentent des ingénieries pédagogiques mises en place dans le cadre de programmes de recherche et ancrées dans des territoires du Sud-Ouest français et de La Réunion. De plus, ils développent des démarches et des outils spécifiques à la recherche en didactique, bien qu’ils puissent être les mêmes que ceux utilisés dans la recherche en géographie. Cette plongée dans la géographie scolaire permet d ’ appréhender de nouvelles manières d ’ enseigner : la complexité du territoire dans lequel les élèves vivent est observée et analysée alors que les enjeux socio-environnementaux qui le parcourent sont questionnés. Le territoire est un des cadres dans lequel les élèves peuvent découvrir des concepts clés de la géographie (habiter, risque, paysage) ou encore ses démarches (l ’ observation, la prospective) et de ce fait donner du sens à leurs expériences spatiales.



Sommaire 

D. BÉDOURET, Questionner son territoire : regards didactiques
Questioning One’s Territory: Didactic Perspectives

D. BÉDOURET, Chr. VERGNOLLE-MAINAR, A. JAOUL, Le paysage, levier d’une éducation aux risques dans la vallée de l’Orbiel (Aude, France)
Landscape: a tool for risk education in the Orbiel Valley (Aude, France)

E. FILÂTRE, Quand l’élève vit l’espace en piéton
When pupil experience space as pedestrian

E. CROS-HUMBERT, Construire une mémoire et une culture du risque à travers une démarche d’enquête : le cas de l’explosion d’AZF
Develop a memory and a culture about the risks through the enquiry approach: the case of
the AZF’s blast

V. ESTÈVE, Enseigner la géographie sensible : travailler sur l’habiter de l’élève pendant le confinement
Teaching sensitive geography: working on the student’s inhabiting during confinement

J.-Y. LÉNA, R. CHALMEAU, M.-P. JULIEN, Adenanc, une démarche prospective en Haute-Ariège : comment les enfants imaginent leur village dans le futur ?
Adenanc, a forward-looking initiative in Haute-Ariège: how do children imagine their village
in the future?

M.-P. JULIEN, R. CHALMEAU, J.-Y. LÉNA, D. BÉDOURET, Les représentations de la
forêt des élèves de l’école primaire du piémont pyrénéen : un levier pour une éducation à
l’environnement
Representations of the forest by primary school pupils in the Pyrenean foothills: a lever for
environmental education

P. GRONDIN, S. GENEVOIS, N. WALLIAN, Récit spatial, instrumentation et sortie de terrain : la coconstruction de l’habiter en 6e à La Réunion
Spatial narrative, instrumentation and field trip: the co-construction of dwelling in 6th grade
classroom on Reunion 


samedi 30 novembre 2024

Dispositif didactique intégrant les images fixes/animées dans l’enseignement du changement climatique en géographie (CR de thèse)


Compte-rendu de thèse : Minerve KWEKEU, 2024, Dispositif didactique intégrant les images fixes/animées dans l’enseignement du changement climatique en géographie et construction des compétences par les apprenants : les classes de 6ème de l’enseignement secondaire général au Cameroun, Thèse de Doctorat en sciences de l’Éducation, filière Didactique des disciplines, Université de Yaoundé I (dir. : Renée Solange Kneck Bidias et Pascal Clerc).

Soutenue le 24 juin, la thèse de Madame Minerve KWEKEU consiste en l’étude de l’appropriation des notions et enjeux du changement climatique et de ses conséquences, par des élèves scolarisés en classe de 6e au Cameroun. Cette étude est menée à l’échelle de quatre lycées et intègre une démarche d’ingénierie didactique. 

La thèse défendue est celle de la plus-value qu’apporte un enseignement mené avec des images fixes ou mobiles pour l’apprentissage du changement climatique en géographie. Cette plus-value concerne des compétences de classement et mise en ordre, de production d’hypothèses et de déduction ainsi que de passage du savoir à l’action. Le travail s’appuie sur six corpus : les textes de programmes, les manuels scolaires de la classe de 6e, des entretiens passés avec des inspecteurs, des observations de cours sur le changement climatique, des auto-confrontations simples de professeurs ayant des pratiques classiques et de professeurs s’étant inscrits dans le dispositif mis au point par la chercheure, des questionnaires pré-test et post-test passés auprès d’élèves choisis dans quatre lycées différents. 

La recherche est motivée par le sentiment que l’éducation à la lutte contre les effets du changement climatique est une priorité insuffisamment traduite dans les faits, alors que le Cameroun est très exposé à ces effets. La thèse s’inscrit dans une démarche de recherche en vue de l’action : le laboratoire, ce sont les classes de géographie de 6e où sont observés en parallèle des cours classiques et des cours qui bénéficient d’un dispositif conçu par la chercheure. 

La première partie, intitulée Problématisation de la recherche, pose le cadre de la recherche et son contexte. Le premier chapitre fait un état des lieux des connaissances sur le changement climatique en s’appuyant sur les travaux du GIEC. L’auteure y souligne que l’UNESCO s’est saisie de la lutte contre les effets du changement climatique à partir des questions d’éducation au développement durable. Changeant d’échelle, elle présente la position difficile de l’Afrique, ensemble de territoires et d’économies fortement exposés aux changements climatiques tout en étant de petits producteurs de gaz à effet de serre. Le Cameroun est présenté dans la diversité de ses espaces et de ses milieux. Les effets spécifiques du changement climatique sont précisés par régions, avec leurs conséquences sur les productions agricoles, halieutiques et donc sur l’économie du pays et les moyens de subsistance de sa population.

Le deuxième chapitre se centre sur la géographie scolaire au Cameroun en la replaçant dans une approche plus générale de la diffusion des savoirs sur le changement climatique. Le contexte camerounais est vu sous l’angle de la diffusion du développement durable, avec une sensibilité accrue d’un certain nombre d’acteurs (exemple de l’Association Africaine pour des Villes Vertes). Pour entrer dans le domaine didactique, l’auteure privilégie une approche par les ressources dont disposent les enseignants. La question centrale de la recherche est posée : quel modèle de dispositif didactique d’usage des images fixes/animées est pertinent dans l’enseignement du changement climatique en vue de favoriser la construction des compétences par les apprenants des classes de 6ème ?  

Le troisième chapitre propose une présentation des programmes actuels de géographie (2014) et une brève histoire de leur évolution (approche par les contenus, PPO, APC). 

La deuxième partie est consacré d’abord aux cadres théoriques de l’intervention éducative (Lenoir) et de l’approche instrumentale de l’activité humaine (Rabardel) et pragmatique de la géographie expérientielle (Leininger-Frézal). Les chapitres suivants présentent le dispositif méthodologique. Il s’agit d’une recherche combinant méthode quantitative et méthode qualitative. Le volet quantitatif comprend des questionnaires élèves (1015) et enseignants (57, puis 7 professeurs enseignant le changement climatique) qui ont pour but de cerner le niveau de connaissances du changement climatique des élèves et les pratiques d’enseignement. Pour le volet d’ingénierie, deux classes de 6e ont été choisies dans chacun des quatre lycées retenus tandis qu’un groupe témoin était soumis à une leçon ordinaire. L’ingénierie didactique avec le groupe test consistait en 1° : une observation et prise de vue dans l’environnement proche du lycée de dégradations de l’environnement ainsi que d’autres éléments en lien avec le changement climatique (sécheresse, feux de brousse, etc.) ; 2°  des échanges entre pairs confrontant leurs observations avec des images projetées à partir d’un vidéo projecteur ; 3° la réalisation d’une carte mentale décrivant les causes et conséquences du changement climatique ; 4° la réalisation d’une activité d’intégration autour des solutions nécessaires à la lutte contre le changement climatique. 

La troisième partie propose les résultats de la recherche. Les enseignants connaissent le phénomène du changement climatique et ont des avis contrastés sur leurs manuels, considérant pour 40% d’entre eux que les documents ne favorisent pas la construction des compétences. La chercheure montre que l’enseignement ordinaire est caractérisé par une faible diffusion de pratiques interactives en dépit du cadrage officiel par l’APC : il y a peu d’activités de haute tension intellectuelle, peu de sorties, peu de mise en action des élèves. Cela constitue un diagnostic utile pour la mise en place d’une formation continuée jugée insuffisante pour l’heure par les enseignants. Concernant les apprentissages, on constate un écart entre le niveau correct de connaissances déclaratives - les élèves ont presque tous déjà entendu parler du changement climatique et deux-tiers environ en donnent une définition correcte - et les difficultés de compréhension de l’objet changement climatique. Comme dans bien d’autres systèmes éducatifs, la formation au raisonnement géographique demeure un enjeu crucial. Enfin, l’ingénierie proposée montre son efficacité dans les limites de l’analyse conduite : elle favorise des activités intellectuelles plus exigeantes de la part des élèves.  

Ambitieuse par son ampleur, inscrite dans une perspective d’apport de la preuve au moyen d’une démarche expérimentale, la thèse de Madame Minerve KWEKEU apporte un éclairage qui doit être médité dans une perspective de comparaison avec d’autres géographies scolaires. Bien des constats qu’elle dresse peuvent sans doute être partagés avec d’autres pays : une formation continuée en manque d’efficacité, des manuels scolaires indispensables mais jugés peu adaptés par les enseignants, des élèves qu’il est difficile de conduire vers la compréhension de la complexité du changement climatique et de ses effets au-delà de la restitution de connaissances. Concevoir une progression dans les apprentissages du raisonnement et de la complexité et développer des perspectives d’analyse critique des images en lien avec le changement climatique (risque d’usage d’images emblématiques pouvant masquer des phénomènes plus préoccupants, repérage et décodage d’images produites par des lobbies climato-sceptiques) sont des objectifs didactiques à poursuivre au Cameroun comme ailleurs. 

CR de Jean-François Thémines


Jury composé de :
Moïse Moupou, professeur, Université de Yaoundé, rapporteur ;
Jean-François Thémines, professeur, Université de Caen Normandie, rapporteur ;
Christine Vergnolle-Mainar, professeur émérite, Université de Toulouse Jean Jaurès ;
Michel Tchotsoua, professeur, Université de Ngaoundéré ;
Pascal Clerc, professeur, CY Cergy Université Paris, directeur de thèse ;
Renée Solange Kneck Bidias, professeure, Université de Yaoundé I, directrice de thèse.  

La thèse est accessible au lien suivant : https://theses.fr/2024CYUN1289 

Deux articles de didactique de la géographie dans Education et Didactique, n°3, 2024 (vol. 18)


Au sommaire de ce numéro de la revue Education et Didactique, revue éditée aux Presses Universitaires de Rennes, dont le projet éditorial est de « repenser les rapports entre les didactiques à l’intérieur des recherches en éducation et de développer les relations entre la didactique et les autres sciences de l’homme et de la société » :

Anne Glaudel et Jean-François Thémines, Conscience disciplinaire et didactique de la géographie : une approche par le sujet didactique
 
Résumé : 
L’article s’inscrit dans le dialogue ouvert par Yves Reuter en 2007 dans cette revue autour du concept de « conscience disciplinaire ». Depuis la didactique de la géographie, ce texte propose une contribution qui a une double visée : mobiliser ce concept pour réinterroger le rapport que les élèves établissent avec la géographie scolaire et poursuivre le dialogue entre didactiques sur la conscience disciplinaire en approchant les élèves en tant que sujets didactiques ayant une dimension spatiale. Des analyses qualitatives de paires de productions d’élèves mettent en évidence des formes de rapport à l’espace, tel qu’il se construit dans le système didactique et/ou hors du système didactique. Ces analyses préluderont à une discussion du concept de conscience disciplinaire à partir du sujet didactique, tel qu’on peut le construire en didactique de la géographie. 
Mots-clés : conscience disciplinaire, sujet didactique, didactique de la géographie, production langagière, étude de cas

Cédric Naudet, Malentendus spécifiques et malentendus transverses dans la géographie scolaire

Résumé : 
L’article propose d’interroger la géographie scolaire au prisme des malentendus socio-scolaires. L’analyse s’appuie sur des observations participantes dans des dispositifs « devoirs faits » en collège et en lycée. Elle amène à distinguer différents types de malentendus relevant tant de dimensions transverses aux disciplines scolaires (attendus littératiés, disciplination, attendus opaques) que de particularités de la culture disciplinaire (raisonnement disciplinaire, exigences des objets de savoirs, identité à engager dans une activité). La typologie distinguée permet une perspective comparatiste et ouvre un nouveau champ d’interrogation pour la géographie scolaire.
 
Mots-clés : géographie scolaire, malentendus socio-scolaires, littératie, disciplination, devoirs faits
 

 

New York et Johannesburg dans les séries télévisées (CR de thèse)

Compte-rendu de thèse : 

Pierre DENMAT, 2024, New York et Johannesburg dans les séries télévisées : analyse géographique et transposition didactique, Thèse de doctorat de géographie humaine, économique et régionale de l’Université Paris Nanterre (dir. : Sonia Lehman-Frisch et Philippe Gervais-Lambony).

Soutenue le 27 septembre 2024  à Nanterre, la thèse de Pierre Denmat est une analyse géographique des représentations de deux métropoles (New York et Johannesburg) construites par des séries télévisées états-uniennes et sud-africaines et de leur réception par des publics de lycéens scolarisés en France (Suresnes), en République Sud-Africaine (Johannesburg) et aux Etats-Unis (New York). 

Pierre Denmat défend l’idée d’une pertinence de ces séries en tant que documents géographiques soutenant une analyse comparée des représentations d’espaces métropolitains qu’elles produisent, de l’intérêt pour la géographie culturelle d’une étude comparée de la réception de ces documents chez des publics différents par leur pays, métropole et quartier de résidence, enfin de la possibilité d’une « didactisation » de ces documents (extraits de séries) pour des apprentissages qui redonnent de la valeur à la géographie enseignée dans les lycées. 

Le travail s’appuie sur trois corpus : 1° les séries télévisées sélectionnées (Gossip Girl, Sex and the city, The Sopranos, Da Brooklyn Way ; Egoli Place of Gold, Rhythm City, Scandal !, Brokke Niggaz) ; 2° les productions d’adolescents scolarisés à Johannesburg, New York et Suresnes (287 dessins et/ou cartes mentales complétés de courts entretiens d’explicitation pour Johannesbourg ; 53 pour New York ; 98 pour Suresnes) ; 3° la documentation réunie par l’auteur lors de ses déplacements à Johannesburg et à New York, en particulier le matériel photographique rapporté et utilisé dans l’écriture de cette thèse. 

Le premier corpus a été constitué en fonction des espaces d’ancrage des séries (représentation d’une certaine diversité de quartiers), de leur date de production (pour observer la représentation de dynamiques métropolitaines) et de leurs possibilités d’usage dans le cadre de l’enseignement prescrit de la géographie en France (thème de la métropolisation). La constitution du deuxième corpus a été tributaire de l’accueil reçu dans les différents contextes, favorable et même enthousiaste à Johannesburg, réservé et corseté par des questions de sécurité et de morale à New York. Les réalisations françaises sont le fait d’élèves de l’auteur qui est professeur en lycée à Suresnes. Le troisième corpus résulte d’une démarche qui a pour fonction de construire une distance face aux représentations produites des deux métropoles. Le chercheur s’est donc rendu (pendant les vacances scolaires) dans ces espaces et y a prélevé des indices visuels de fonctionnements et de pratiques urbaines. 

La recherche s’est nourrie de l’expérience professionnelle de l’auteur, enseignant la géographie et l’histoire en anglais en France. Le point de départ est professionnel : il s’agit d’aiguiser le sens critique des élèves face à des images et sons qu’ils utilisent au quotidien, en s’appuyant sur des séries télévisées et en s’adossant à la géographie comme prisme d’analyse de ces produits culturels (p. 23). La dynamique de la recherche conduit l’auteur vers la mise en forme d’une géographie culturelle des séries télévisées (chapitre 1). Puis, par effet retour, le projet professionnel initial se mue en « une perspective de faire évoluer la géographie scolaire [à l’échelle des enseignements de l’auteur] en dépassant la « vision autocentrée du monde » [qui prévaut dans la géographie scolaire française prescrite] et en proposant [ces séries comme] nouveaux outils pour aborder des territoires « des Suds » mais aussi des territoires « des Nords » en décentrant le regard » (p. 29). 

Intitulée Itinéraires entre une géographie des séries télévisées et un enseignement de la géographie par les séries, la première partie présente le cadre théorique, méthodologique et contextuel de la recherche. Le premier chapitre définit les conditions d’une approche de géographie culturelle des séries télévisées. Le deuxième chapitre fait entrer dans le cheminement de la thèse. On prend tout d’abord connaissance du cadrage que se donne l’auteur, professeur, pour enseigner la géographie au lycée par les séries télévisées (prise en compte des programmes scolaires, questionnements envisagés pour les élèves, possibilité d’usage de cartes mentales et intérêt d’entretiens complémentaires). On le suit dans la mise en place, comme professeur et chercheur, d’une démarche de transposition didactique qui le conduit à produire le savoir de référence (l’analyse géographique de représentations culturelles de métropoles mondiales par les séries télévisées) qui sera l’objet d’une recomposition dans les classes. Ce chapitre se poursuit par la présentation des terrains d’enquête : le « terrain d’essai » qu’a constitué le lycée de Suresnes, les deux autres : celui « central » (p. 134) des établissements d’accueil à Johannesburg, celui « difficile » (p. 160) qu’ont constitué les deux établissements new-yorkais.  

La deuxième partie La géographie de New York et de Johannesburg dans les séries télévisées : réflexions sur les écritures de géographies fictionnelles présente l’analyse des corpus de séries choisies. Le chapitre 3 détaille le processus et les contraintes d’écriture des séries et se sert d’écarts repérés entre espaces représentés dans les séries et espaces observés pour cerner les choix de leurs producteurs. Les résultats montrent une standardisation des représentations d’espaces métropolitains en même temps qu’une focalisation sur les espaces de vie de quelques catégories sociales représentées, plutôt aisées. La comparaison des représentations de New York et de Johannesburg met en évidence la diffusion de formes narratives états-uniennes dans le contexte sud-africain et l’intérêt du concept de fragmentation comme grille de lecture des représentations de ces deux métropoles. La dimension sonore constitue un riche prisme d’analyse (quelles productions de l’industrie musicale ? quels sons de la ville ? quels genres musicaux et quelles évolutions de leur présence dans le temps ?). La dimension linguistique est elle aussi exploitable géographiquement (l’émergence de la « nation arc-en-ciel »). Le chapitre 4 approfondit les analyses pour le cas de New York, montrant comment les séries choisies participent de la construction et diffusion de représentations stéréotypées à destination d’un public mondial. Le chapitre 5 analyse les représentations sérielles de Johannesburg, donnant à voir une métropole émergente (avec une surreprésentation statistique des black diamonds), empruntant des formes aux métropoles des Nords (CBD et quartiers proches : la New York de l’Afrique), mais aussi plus fragmentée que dans les pratiques des habitants en raison de la quasi non-représentation de leurs mobilités (exception de la websérie Broke Niggaz). Le chapitre se termine sur d’intéressantes considérations concernant les évolutions introduites par l’arrivée de Netflix en République sud-africaine (changement de format de séries, représentations de quartiers gentryfiés et d’une Johannesbourg nocturne et festive, traitement de la question de l’insécurité). 

La troisième partie La réception des séries télévisées : un miroir de la fragmentation des métropoles et des apprentissages géographiques des élèves s’attache à la présentation et l’analyse des productions des élèves. Le chapitre 6 étudie la réception des séries télévisées chez des adolescents habitant la métropole représentée. Il montre que, lorsque les adolescents y sont invités (situation d’entretien collectif autour d’un panel de cartes mentales d’élèves), ils sont capables d’une mise à distance des représentations sérielles, tant sur leur contenu (écarts représentations/pratiques personnelles) que sur leur visée (la série comme produit marketing).  Dans le cas de Johannesburg, la réception des séries est mise en lien avec la fragmentation urbaine (méconnaissance réciproque des quartiers). Par des ajouts aux représentations de Johannesburg proposées par les séries, certains élèves montrent une autonomie qui semble aller jusqu’à la « prise de position » (p. 383). Dans le cas de New York, la réception montre des formes d’attachement des élèves à leurs quartiers (Brooklyn, New Jersey). Le chapitre 7 analyse la réception des séries chez des adolescents ne connaissant pas ou peu la ville filmée en croisant les terrains des écoles new-yorkaises, johannesbourgeoises et francilienne. Il apparaît que les élèves projettent leurs propres connaissances de leur ville (ce qu’ils s’en représentent) sur la ville des autres, mais aussi les connaissances qu’ils ont acquis de cette autre ville par mobilité internationale. C’est ainsi qu’apparaissent des différences sociales entre les représentations qu’ont les élèves johannesbourgeois de New York selon qu’ils l’ont déjà pratiquée (catégories aisées) ou pas. En contrepoint, les élèves new yorkais, sans élément de connaissance préalable sur Johannesburg, y projettent une pauvreté et une insécurité que les extraits de série ne montrent pas. L’analyse de la réception des séries par les élèves de Suresnes met l’accent sur un « effet discipline », la culture géographique scolaire des élèves leur permettant de solliciter des concepts qui fonctionnent comme des grilles de lecture. Cette culture scolaire transparaît aussi dans une connaissance préalable de New York abondamment représentée dans les manuels de géographie, bien davantage que Johannesburg. Il faut aussi ajouter un « effet enseignant » ou « effet dispositif », ces élèves ayant bénéficié d’un enseignement conçu par le professeur-chercheur. Le chapitre 8 consiste en un retour d’expérience articulé autour du constat d’une réussite mieux partagée entre les élèves qu’avec des dispositifs d’enseignement classiques et de la construction d’une distance critique des élèves à l’égard des séries. 

Originale par sa dimension comparatiste, convaincante dans sa démonstration de l’intérêt de développer avec des lycéens une approche de géographie culturelle des séries TV, la thèse de Pierre Denmat mérite d’être connue, diffusée et prolongée par les expérimentations didactiques d’autres enseignants. Les programmes de géographie actuels invitent à de telles approches comparatistes autour des modes d’habiter et de la métropolisation. Traiter ces thèmes par une approche critique de séries TV issues de divers pays est un moyen d’en renouveler l’étude tout en rencontrant l’intérêt des élèves. 

CR de Jean-François Thémines